‹ Les jolies actrices de ParisChapitre 25 sur 42 · PALAIS-ROYAL · texte numérisé non relu

PALAIS-ROYAL

J'ai connu une fillette, qui, engagée sur une scène de genre, avait pendant six mois, étudie, appris, répété sa pièce de début...

Le soir de la première représentation, il fut impossible à son imprésario de mettre la main sur la débutante...

Deux jours plus tard, ce dernier la rencontra qui se promenait tranquillement aux Champs-Elvsces.

— Malheureuse! s'écria-t-il^ pourquoi n'êtes vous pas venue au théâtre?

— J'avais oublié le chemin.

L'opinion publique insinue — vaguement — que mademoiselle Keller pourrait bien être une de ces lâcheuses !...

g 2 LES JOLIES ACTRICES DE PARIS

Je ne lui en veux pas pour si peu.

Toutes les courtisanes de la Grèce et de Rome furent des lâcheuses, — le matérialisme de la société antique prescrivant à ces grandes dispensatrices du plaisir Ja loi de l'inconstance et de la légèreté.

Au moyen âge, Jeanne de Naples, Marguerite de Bourgogne et Lucrèce Borgia sont des lâcheuses de qualité.

J'avoue que l'invention de la cour d'assises leur a fait quelque tort dans l'esprit de la postérité.

Manon Lescaut, dans l'abbé Prévost, est la patronne des lâcheuses.

Dans la Dame aux Camélias, Marguerite Gautier est une lâcheuse pour le bon motif.

Et quelle lâcheuse encore, dans la Vie de Bohême, Musette, cette folle et ravissante fille qui avait des amours en trente-six couplets dont Marcel était le refrain !

Qu'il me soit permis, — pourtant, de faire observer à mademoiselle Kelier que son cocher ne devrait point ignorer la route du Palais-Royal...

Car mademoiselle Kelier possède un cocher, des équipages^ une propriété !...

C'est-à-dire qu'elle a dû en acheter une auVésinet...

Elle se promenait, à cet effet, avec Cholcr, au bord du lac récemment inauguré dans cette banlieue...

Sur la berge^ un grand garçon, taillé en Dumaine- Farnèse ou en Paul Deshayes du Belvédère, péchait à la ligne.

— Le sang est beau dans ce pays, pensa Tactrice, et je m'y fixerai certainement.

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Puis, tout haut à son compagnon :

— Adressez donc la parole à ce jeune homme, Adolphe. Sa figure respire l'intelligence. Il doit avoir beaucoup d'esprit, si j'en juge par sa distinction naturelle.

Le vaudevilliste hèle le paysan :

— Héî mon gars, la pcche est-elle bonnc?

Le rustre tourne la tète, toise son interlocuteur — et ne répond pas.

— Mon ami, continue Choler, c'est à vous que je parle; le poisson mord-il, ce soir?

Même silence.

— Pauvre entant! serait-il muet? murmure mademoiselle Keller. Et de sa plus douce voix :

— Cher monsieur, nous entendez-vous? Répondeznous, de grâce!

Le pécheur persiste dans son immobilité...

— Décidément, il est muet, gémit l'actrice. Si beau, si élégant et si malheureux ! Quel dommage !...

Cependant Choiera tourné autour du paysan :

— Ah çà ! mais, s'ccrie-t-il, il a la joue gauche tout enflée!... — Sacrebleu ! jeune homme, vous avez donc une fluxion ?

Le campagnard lâche sa gaule et porte ses deux mains à ses lèvres.

Puis, brusquement :

— Nom d'un tonnerre ! vous ne voyez donc pas que j'ai mes asticots dans la bouche!

D AUDOI RD

— THKATUE-DKJAZET —

Rameau faisait commerce d'amitié avec mademoiselle Salle. Celle-ci lui dit un matin :

— Rameau, il faut m'apprendre la composition...

— Rien de plus facile, ma chère.

Et, prenant une épingle noire tombée des cheveux de la danseuse, le musicien lui présenta une feuille de papier reglJ et l'engagea à pointer à sa volonté les diverses lignes destinées à recevoir les notes.

Salle s'empressa de le faire, a grand renfort d'éclats de rire...

Sans changer de place une seule piqûre. Rameau se contenta de donner à chacun des coups de l'épingle noire une valeur de note, et de les assujettir par la clef...

Il en résulta l'air original, si vivace et si coloré.

connu sous le nom de Danse des Sauvages dans les Indes galantes.

Pourquoi mademoiselle Daudoird n'adresse-t-elle pas parfois la même demande à M. Malo, — le chef d'orchestre du Théâtre-Déjazet?

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