HORTENSE SCHNEIDER I
rcsolCiment devant l'ctabli du tailleur et commença ù débiter — en imitant la voix de tous les personnages — le mélodrame de Dcnncry...
Le patient ouvrit la bouche entre deux répliques ;
— Sacrebleu ! mademoiselle, que signilic cette mascarade?
— Ça signitie que je veux entrer à l'AthénJe. Puis, saisissint les ciseaux du bonhomme, et, en appuyant la pointe sur sa poitrine :
— Voici le sabre... le sabre... le sabre... Voici le sabre... le sabre de mm père !... Si l'on me refuse, je me tue !
— Un instant! Pas de bctisc ! fit le tailleur. Entre où tu voudras, mais rends-moi mes ciseaux : il faut que je taille un fond de culotte.
Hortense Schneider s'exerça quatre ans à l' Athénée.
Ce fut là que le comique Delmas, devenu directeur, l'engagea pour Agen aux appointements de quatrevingt-dix francs par mois au prorata.
Or, p^v prorata, l'on entend, en argot de coulisses, le partage des bénéfices réalisJs pendant une campagne dramatique, — défalcation faite des frais.
Lq prorata est le merle blanc, la pierre philosophale des troupes de province.
Une anecdote à ce sujet :
Le père Clément, — ce directeur dont la légende a défrayé plus d'un article, — n'engigea jamais ses artistes autrement, en leur disant :
lyS LES JOUES ACTRICES DE PARIS
— Mes enfants, le plus beau jour de ma vie sera celui où Je pourrai vous convoquer en assemblée extraordinaire pour vous distribuer la prorata.
A Epinal, les fenêtres de la loge des artistes, — il n'y a qu'une loge, mais un paravent sépare les sexes, — s'ouvrent sur la cour d'un boucher.
Un beau soir, ce boucher avait accroch; dans cette courun bœuf fraîchement ecorché.
Ce soir-là, l'un des pensionnaires du père Clément, ayant mieux dîné que d'habitude, prit une des fenêtres de la loge pour soulagement à ses douleurs... intestines...
Le lendemain, l'avis suivant était aftiche au foyer:
« Dimanche prochain , convocation de ces messieurs et de ces dames dans le cabinet du directeur, M. Clément ayant à leur adresser ime communication des plus importantes. La séance s'ouvrira à midi. »
On touchait à la fin de la campagne...
Sans nul doute, \t prorata était arrive...
Toute la semaine, la troupe entière rêva gains fabuleux, argent excessif, recettes chimériques !...
Au jour et à l'heure indiques, tout le monde était au rendez-vous...
Le père Clément se tenait debout derrière sa table, — sirieux, sévère, solennel, — habille de noir et cravaté de blanc...
Il toussa, cracha, ouvrit la bouche...
Un silence profond, ému, haletant, régnait dansTassemblée...
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— Mesdames et messieurs, prononça le directeur, qui est-ce qui s'est oubli: dans le bcuf?
On lit sur le tableau de troupe du théâtre d'Agen pour l'année dramatique i85i-i852 :
« Hortense Schneider, — des ingénues, des amoureuses, des Duga\ons- corset. »
Pourquoi corset?
Parce qu'elle ncw portait Jamais — probablement.
Une joyeuse vilie^ Agen en i85i-i852 ! Il y avait du casuel. Les actrices n"v déjeunaient pas tous les malins; mais elles étaient certaines d'y souper tous les sjirs.
Les succès de notre héroïne y furent modestes au début. On raconte queTisserant, qui était venu donner des représentations dans le midi, lui ayant distribué un rôle dans la Belle et la Bête qu'il joua à son passage à Agen, il lui fut impossible d'en articuler un seul mot : à son entrée, elle se troubla^ pûlit, chancela et finit par quitter la scène en courant, au milieu de Fétonnernent et des murmures de la salle. Après la pièce, qui s'acheva cahin-caha, sans qu'elle eût voulu reparaître :
— « Est-ce moi, mon enfant, lui demanda Tisserant avec bonté, qui vous ai impressionnée de la sorte ?
— Oh ! non, monsieur.
— C'est le public alors?
— Non, monsieur.
— Qu'est-ce donc enfin ?
— Monsieur, c'est les pruneaux.
Ce produit agenois formait, en effet, le menu des déjeuners et des dîners de la fillette — avec un pain d'un sou et une pote'e d'eau claire relevée d^une goutte de vinaigre ou d'un zeste de citron...
Ouij mais comme on se rattrapait sur les truffes et sur la blanquette de Limoux, au souper, — après le spectacle ! ...
Hortense était la joie, l'ecIair, la saillie, la chanson de ces reunions départementales. Ce n'était pas sa langue qu'elle avait laissée à Bordeaux. Une dame de la société écrivit à Delmas pour se plaindre des ravages que l'esprit de sa pensionnaire exerçait dans les salons. Delmas communiqua la lettre à Hortense devant le mari de la dame :
— C'est moi, s'écria la fillette, qui vais la mettre à sa place lorsque je la rencontrerai !
— Y penses-tu ; fit le directeur. Une femme quia presque autant d'années que de cheveux sur la tête !
— Vieux farceur ! Si c'était vraij elle serait plus jeune que moi !
— D'un autre côté, le public des petites places souriait volontiers à ses gamineries:
Un soir, elle eut à figurer, dans la Case de l'oncle Tom, une des esclaves vendues sur le marché, et, pour étendre sur son visage la teinte de bistre des négril- ' lonncs, on lui donna du ius de réîilisse...
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Il tiiisaii cliULul — trcs-chaud — ce soir-là !...
La réglisse foiiLlii peu à peu cl descendit en perles noires vers les lèvres de l'esclave...
(^cUe-ci tira la langue...
Crac! une zone d'une entière blancheur se dessina entre la bouche rose et les babines noires!...
Et la foule de s'esclafer au moment le plus empoignant du mélodrame !...
Une autre fois, dans Haydce, elle jouait un petit mousse dont tout le rôle consistait à soulever avec peine un volumineux tonneau...
Les accessoires, au théâtre, sontgénéralementen carton. Hortense oublia que le tonneau devait, pour le public, contenir une lourde substance, et, au lieu de paraître le remuer avec de pénibles efforts, au lieu de s'arc-bouter avec difficulté contre la tonne monstrueuse, elle se baissa et la prit tranquillement sousson bras comme on aurait fait d'un king's charles!...
Les habitants d'Agen n'ont pas encore recousu les boutons que fit sauter à leur braguette l'hilarité causée par ce mouvement.
Ce fut dans ce cabotinage qu'elle se façonna à la charge, à la parodie, à la cascade.
Le jour de la clôture de l'année théâtrale, on donnait la Tour de Nesle. La salle craquait de foule. La recette était encaissée. Les artistes, qui partaient le lendemain, résolurent de cascader.
Une vieille paire de bottes à revers avait été trouvée dans le magasin d'accessoires.
L'acteur qui jouait Buridan fit son entrée en la tenant sous le bras et la déposa au milieu du théâtre...
Philippe d'Aulnay l'emporta à sa sortie...
Marguerite de Bourgogne la rapporta à l'acte suivant...
Gaultier la remporta à son tour...
Elle revint avec Orsini, — avec Louis X, — avec Savoisy...
Elle s'en retourna avec Enguerrand de Marigny, — avec Landry, — avec le sire de Pierrefonds...
D'acte en acte^ — de tableau en tableau, — de scène en scène !...
Le public jetait sa langue aux chiens 1
Il applaudit pourtant à tout casser et rappela les artistes — qui reparurent avec la paire de bottes.
Pendant six mois, Agen interrogea Agen :
— Pourquoi cette paire de bottes?
Plusieurs années se passèrent ; puis arriva une nouvelle troupe qui afficha la Tour de Nesle.
Dès le commencement, les spectateurs murmurèrent...
Ils sifflèrent ensuite...
Ce fut un tumulte épouvantable !
Le lendemain, le maire manda le directeur au sein du conseil municipal :
— Monsieur, lui dit-il sévèrement, vous avez trompé le public. Le désordre d'hier doit vous être
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impute. On ne mutile pas un chct'-d'icuvre... Où était la paire de bottes ?
Dans cette représentation de la paire de bottes, Hortense Schneider jouait le petit pa^^e qui distribue aux courtisans les messages de Louis X...
Personne n'a jamais dit avec plus d'aplomb :
— Messeigneurs, lettres EPATANTES du Roi.
Tout Paris porte-plume, porte-crayon et porte-voix connaît Dinochau. La réputation de ce Médicis culinaire est européenne. Les cinq parties du monde des lettres — y compris les poètes qui représentent l'Oceanie — se sont laissé tapoter confraternellement sur le ventre par le mastroqiict ingénieux du coin de la place Bréda.
Si les réclames excessives, imprudentes et intéressées que Dinochau a dues — sinon demandées — à la reconnaissance de ses clients, ont profité à sa fortune et à sa popularité, en revanche, ellesont singulièrement altéré le cachet — sinon de ses bouteilles — du moins de son établissement.
Les gandins y sont venus, d'abord; les cocodès, ensuite; puis, les petits et les grands crevés...
Les uns désiraient voir manger des gens d'esprit. Les autres tenaient à passer près des femmes pour des bohèmes tinis. Il y en a qui, en s'asseyantà la table de Jules Noriac, se sont imaginé avoir écrit le loi^ Régiment !
Aujourd'hui, quand les Anglais touristes et les notaires de province, qui dînent chez Dinochau comme
ils ont visité, la veille, les abattoirs de la Villette et le Musée des Souverains, sollicitent de l'illustre tavernier la faveur d'être présentés à SchoU, à Nadar ou à Monselet, leur hôte se contente de tutoyer devant eux Fernand Desnoyers, le Guillois ou Glatigny, — et les Anglais touristes ^s'en retournent satisfaits, — et les notaires de province s'en reviennent contents...
Oui, mais, en i855, Mûrger, Barthet,. Baudelaire, Pothey, Banville, Bataille, Rolland, Garjat, gravissaient — deux fois par jour — l'escalier en colimaçon qui conduit de la boutique du marchand de vin de Bréda-Square au fameux premier étage de la rue Navarin...
Un soir, le chanteur Berthelier y arriva avec une jeune fille...
Dinochau tenait une bouteille...
— La débouche-t-on ? demanda-t-il.
Gustave Mathieu ajouta :
— G'est la liqueur bénie née d'un baiser du soleil des"Espagnes à la vigne delà Gironde.
— Du bordeaux? lit Berthelier. Entends-tu, Hortense?, C'est un compatriote. Vous allez renouveler connaissance.
Puis aux dîneurs :
— Un peu de place aujourd'hui, messieurs, pour une dame qui saura s'en faire beaucoup demain.
Onse serra — sans prêter grande attention...
Au bout de dix minutes, Hortense s'était tellement assimilée aux habitudes de la maison, qu'elle interpellait Dinochau :
— Je redemanderai du rôti.
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— Du rôti, la petite mère? Faudrait attendre qu'il fût servi...
— Si j'attendais, il n'v en aurait plus. Voilà pourquoi j'en redemande d'avance.
On applaudit — delà fourchette sur l'assiette et du couteau sur le verre...
Dinochau interrogea Berthclier :
— D'où vient- elle, la blondinette ?
Blondinette débarquait d'Agen. Elle avait loue, rue
Geoffroy-Marie, un petit appartement dans des prix d'une douceur angélique; Bcrthelier lui servait de cornac; elle devait débuter le soir même à l'Ecole-Lyrique, dans Michel et Christine, et le directeur des Variétés avait consenti à lui accorder une audition le lendemain...
Ce lendemain-la, on la vit revenir toute desoiJe...
Cogniard l'avait reçue à peu près comme on recevrait un bœuf dans un magasin de porcelaine...
Heureusement, Oflenbach recrutait pour les Bouffes des Champs-Elysées...
Hortense parvint à se produire dans le Violonneux et dans Tromb-Alca\ar, dans les Pantins de Violette et dans la Rose de Saint-Floiir...
Dès ce moment, elle donna congé de son appartement de la rue Geoffroy-Marie et ne reparut plus chez Dinochau.. .
C'est que, dès ce moment, aussi, les petits coupés bleus d'Ehrler et de Thomas-Baptiste abaissèrent d'eux-mêmes leur marchepied devant ses bottines de
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Cendrillon ; les chevaux les plus tins de Drake et de Cremieux parurent fiers de remporter au Bois dans leur vol; une rivière de diamants inonda ses épaules. Que voulez-vous? C'est la loi. La beauté attire le luxe comme le nord attire l'aimant.
J'ajouterai que le tapage de ce luxe attira les épigrammes comme le bruit d'un chaudron qu'on martèle attire les abeilles au printemps.
Il en vint un essaim — du petit livre et du petit journal.
On lut dans celui-ci :
Il faut aller en Périgord.
On lut dans celui-là :
a Comme esprit^ mademoiselle Schneider tombe sous le coup de la loi Grammont. Comme beauté, elle ne saurait guère être appréciée que de quiconque fait cas des rousses. »
Pendant ce temps, Hortense passait des Bouffes au Palais- Royal et du Palais- Royal aux Variétés.
En novembre 1864, on commença à répeter la 5e//e- Hélène à ce théâtre .
Dans la pièce, il y a, comme vous l'avez vu, une
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sccne OÙ les personnages se livrent au nable jeu de Voie.
Vous savez les sobriquets idiots et traditionnels dont on aHuble certains nombres : 22, les deux cocottes; 7, la pipe à Mathieu, etc.
Dans son rôle^ mademoiselle Silly devait amener ce second chiffre.
M. Cogniard, qui dirigeait la miseen scène, s'adressa à l'actrice :
— Vous direz : la pipe à Ménélas, au lieu de la pipe à Mathieu.
— Oui, monsieur.
Mais mademoiselle Schneider se redressant :
— Je veux dire : la pipe à Mcnclas !
— Pardon, Ht mademoiselle Silly, le mot est à moi.
— Eh bien ! [qu'on vous l'ôte. D'abord, Je cesse de répéter si je ne dis pas : la pipe à Ménélas.
La séance tut suspendue...
Chacune des deux artistes menaçait de rendre son rôle si on ne lui conservaitpoint — par traite — la pipe à Ménélas...
Le directeur intervint : au détriment d'Oreste-Silly, il attribua le mot en litige à Hélène-Schneider...
Ce déni de justice devait avoir des conséquences incalculables...
Byzance, au temps du Bas-Empire, fut de'chirée par deux factions dont les passions rougirent souvent la poussière du cirque Constantin : — la faction des cochers verts et la faction des cochers bleus...
ibô LES JOLIES ACTRICES DE PARIS
Au moyen âge, Guelfes et Gî^e//;75 ensanglantèrent l'Italie de leurs haines...
En Angleterre, York et Lancastre rivalisèrentde perfidies et de férocités dans la formidable guerre des Dez/x roses...
La France de Louis XVI prit un instant plaisir à s'émouvoir de la querelle plus pacifique desGluckistes et des Piccinistes...
L'on vit enfin, en 1854, ItsDochistes et les Pagistes emplir Paris du bruit de leurs contestations...
Qu'est-ce que tout cela auprès du schisme de la pipe à Ménélas ?
La flamme couva trois ans. L'incendie effroyable éclata tout à coup, en janvier 1867, lors de la reprise de la Belle- Hélène. Un matin, on lut dans le Figaro que, la veille, les deux adversaires s'étaient tiré la langue... verte à qui mieux mieux en pleine représentation. Le lendemain, le même journal annonça que la démission de mademoiselle Silly était acceptée. ..
— Oh ! ht l'agneau blessé, je prendrai pour leur répondre une plume de TIGRE ! ! !
La phrase était de Ponson du Terrail...
La réponse fut de Marcelin :
« Monsieur le Rédacteur du Figaro :
» Vous avez cru devoir raconter au public une petite altercation tout intime qui s'est élevée entre mademoiselle Schneider et rnoi, dans les coulisses des Va-
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riétës. Vous n'assistiez pas, monsieur, à celle aimable scène de famille, et vous avez, malheureusement pour moi, donne crcanceau rapport de gens qui ne paraissent pas cire mes amis, et qui, à coup sur, ne sont pas ceux de la vérité.
» Il n'y a dans l'histoire qu'un seul point exact : c'est que, jouant la Bellc-Hclènc à côté de mademoiselle Schneider, je me laissais aller en scène à la fantaisie de quelques cascades. J'avais tort, je le reconnais : la Bellc-Hclcnc est une tragédie sérieuse, qu'il faut jouer sérieusement. J'aurais dû imiter mes camarades, qui, comme on sait, ne changent jamais un mot au texte consacré et se feraient scrupule d'ajouter un seul geste à leur rôle. J'aurais dû surtout prendre exemple sur mademoiselle Schneider elle-même, qui ne prend aucune de ces libertés, dont toutes les attitudes sont si réservées et si dignes, et qui s'efface toujours aVec tant de complaisance au second plan quand son personnage l'exige.
« Que voulez-vous, monsieur, l'homme n'est pas parfait ni la femme non plus, comme dit une de mes camarades^ une vraie comédienne celle-là, et qui a trop de talent pour n'avoir pas beaucoup de modestie et de bon ne grâce.
» Je me suis oubliée une fois. J'ai eu l'imprudence de croire que l'Oreste de M. Meilhac n'était pas celui de Racine et que mademoiselle Schneider, si déguisée qu'elle fût en belle Hélène, n'avait qu'un rapport très-lointain avec mademoiselle Rnchel. C'est une faute, et vous voyez avec quelle bonne foi je m'en accuse; mais aussi ne puis-je soutïrir qu'on m'en impute d'autres que je n'ai point commises. Vous laissez 1. H.
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entendre, monsieur, que j'aurais apostrophé mademoiselle Schneider d'expressions qui sentent les halles. Non, monsieur, de mauvais plaisants ont abusé de votre candeur. C'est elle, au contraire, c'est cette belle Hélène qui m'a fort gratuitement accablée d'épithètes que je ne saurais redire et qui montrent bien que, si elle s'est fait reconnaître plus tard pour la fille du roi des rois, elle n'avait pas été élevée dans son palais. J'ai, pour moi, gardé envers elle ce respect compatissant que je devais à son âge et à sa grande fortune, si laborieusement conquise. Peut-être lui ai-je un peu, par manière de raillerie, montré les dents, et ce n'est pas sûrement ma faute si elle n'a pu me rendre la pareille. Elle a sans doute ses raisons pour préférer l'invective- au sourire. Elle la lance comme un trait empoisonné, mais il n'en est résulté aucun mal pour moi.
» Je me tenais à distance et de côté.
» 11 est vrai qu'à cette querelle je perds un rôle que j'ai joué deux cents fois déjà, et non sans quelque succès; mais j'y gagne de ne plus jouer auprès d'elle et de n'avoir plus à lui donner la réplique en face. C'est encoretout bénéfice.
» J'attends de votre seule courtoisie, monsieur, l'insertion de cette lettre. On m'assure que les huissiers, en cette occasion, seraient ravis de me prêter leurs obligeants services. Mais je laisse aux artistes qui ont eu souvent des démêlés avec le Code civil l'ennui ou la joie de faire marcher ces messieurs.
» J'ai l'honneur, monsieur, de vous présenter mes civilités empressées.
» L. SiLLV. »
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A ce moment même, Hortense Schneider écrivait à M. Hippolyie Cogniard :
tt Mon cher directeur,
» Je suis injustement attaquée et blcssce cruellement. Je ne puis avair recours qu'à vous pour obtenir justice et réparation.
» Que dois-je faire ? Conseillez-moi.
» Votre dévouée pensionnaire :
» SCHNKIDER. »
Le directeur des Variétés lui repondit :
« Ma chère pensionnaire,
» Après enquête faite par moi-même dans mon théâtre, Je reconnais que vous avezété provoquée et poussée à bout dans la scène qui a eu lieu Tautre soir.
» Je déplore qu'une artiste des Variétés ait cru devoir donner de la publicité à un fait qui devait rester ignoré du public. Je blâme de toutes mes forces, et dans le fond et dans les termes, la lettre qui a été publiée.
» Maintenant vous me demandez réparation. — Que fallait-il faire? Mettre à l'amende celle dont vous avez à vous plaindre ?
« On n'aurait pas manqué dédire que je sacrifiais les petits aux grands. J'ai agi pour votre dignité d'artiste : on ne peut plus vous provoquer. Vous n>e dites: Conseillez-moi. — Voici mon conseil : Ne répondez