MADEMOISELLE LA FLAMME. G
Des colonnes de topaze supportaient une coupole en dialïiant, et le sol était jonché de rubis, de saphirs et d'escarhoucles. Des girandoles étaient accrochées à la voûte, étincelantes comme des soleils. Dans l'omhre, qui ellemême avait une ardeur de brasier, des bluettes de lumière jiartaieut avec des pétillements de fusée. Des triangles de feu s'allumaient dans l'air, de larges pans de pourpre pendaient aux murs, des flamboiements de pierre précieuse tramaient partout, et par moments le palais semblait vaciller dans un énorme tremblotement de diamant. Des roues d'un rouge aveuglant tournaient, comme des vibrions lumineux, au milieu de torrents d'étincelles. Dans des vases de porphyre bouillonnait de la lave eu fusion , et les hautes architectures sans cesse s'écroulaient, remplacées aussitôt par d'autres plus hautes et plus belles.
Tout au fond, s'arrondissait un trou noir, béant, qui semblait s'ouvrir sur l'infini : c'était l'endroit où se tenaient les musiciens. On ne les voyait pas, mais on les entendait constamment, et à en juger par le bruit qu'ils faisaient, ils devaient être nombreux. C'étaient d'abord les flûtes et les hautbois, puis se dénonçaient les violons et les basses, enfin il y avait des harpes, et celles-ci se mariaient admirablement à la musique des autres instruments.
Quelquefois, un piaulement de flûte passait dans l'air comme une douceur de printemps ; un hautbois lui répondait sur un ton grave, et lestement les violons se mettaient de lapartie, jasaient comme des écoliers en vacances, finissant par couvrir la voix du hautbois.
Un grondement sourd, qui bientôt dominait les caquets des violons et les jérémiades de la flûte, partait alors du ventre des basses, comme une bouftee d'ouragan, ])uis s'assoupissait dans un long ronflement qui s'éternisait, devenait une sorte d'accompagnement aux autres musiques.
La danseuse suivait merveilleusement les rythmes de l'orchestre; aux accents graves du hautbois, elle s'appesantissait , semblait s'affaisser dans un commencement de sommeil, et tout à coup la flûte mettait des ailes à ses pieds. Elle partait alors, légère comme un trait, bondissait, laissait planer au-dessus des choses sa grâce aérienne et souple. Puis les basses l'affolaient ; un délire s'emparait d'elle; elle était prise de vertiges et montait, se tordait, se cognait la tête à la voûte avec l'ondulation irritée d'un reptile. Et le retour des violons, des hautbois et des flûtes ramenait ensuite, comme par enchantement, les balancements longs et moelleux qui se ralentissaient encore lorsque la harpe soupirait.
Le petit ramoneur avait perdu jusqu'au sentiment de l'existence : il ne se souvenait plus ni du magicien ni de la légende du petit garçon , ni de quoi que ce soit au monde , et il demeurait sur place comme pétrifié, bien que ce ne fût pas absolument son cas.
Au moment où l'orchestre invisible attaquait, de tous ses violons accompagnés par les basses, un scherzo vigoureux, la danseuse enroula ses bras autour de son cou, et doucement l'entraîna dans sa danse.
« Viens avec moi, beau ramoneur, » lui dit-elle.
Et il lui demanda tremblant des pieds à la tête :
a Qui es-tu? »
Alors, tout en tournoyant , elle lui répondit :
« Je suis la Flamme. Ce que tu vois devant tes yeux est mon royaume. Il y a longtemps du reste que je te connais, (."est pour toi que j'illuminais la chambre et que j'envoyais un peu de moi-même sur les cadres qui pendaient aux murs. Et qui mieux que toi mériterait mon amitié? N'est-ce pas toi qui me fais un large passage à travers la cheminée et permets au vent d'arriver librement jusqu'à moi? Pour être flamme, je suis moins légère que je