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firme par tous les témoins, sans en excepter un. Il est utile qu'on le retienne. Une ville hostile, certes, mais qui se prive de manifester, et semble au contraire revenir à la sagesse peu à peu.
Les Français recommencen'^ à respirer. Vivant chez eux ou au consulat, ils sortent avec précaution, s'abstiennent de se montrer dans les rues le soir, évitent les rassemblements, mais ils sortent.
Ils n'étaient plus tout à fait abandonnés.
Dix matelots du Galilée, commandés par l'enseigne Cosme, veillaient avec eux au consulat. Protection illusoire sans doute : qu'eussent-ils pu contre TefFort d'un peuple, si le peuple se fût soulevé? Mais, du moins, cette dizaine de soldats aguerris seraient efficaces contre une attaque partielle et les aideraient à se défendre. Leur débarquement s'était fait, le vendredi 2 août, d'accord entre M. Maigret et le commandant OUivier; mais M. Maigret avait si bien le souci de n'exaspérer pas les indigènes, et il sentait si justement que la vue de marins français eit armes serait capable de réveiller leur irritation assoupie, qu'il avait prié le commandant Ollivier de les faire mettre à terre sans leurs armes. On avait donc emballé quinze mousquetons et mille cartouches dans des caisses qui portaient l'étiquette de « conserves », et les dix matelots, les bras ballants, comme en promenade, s'étaient fendus en se
dandinant au consulat. Mais cette arrivée même ayant éveillé la défiance des Marocains, il fallut expliquer au caïd que ces matelots étaient destinés à assurer le service des signaux, et il se contenta de cette explication.
La colonie, peu à peu, reprenait confiance.
Le vice-consul, qui la représentait et la dirigeait, était à ce point rassuré, que sa mère n'avait pas quitté Casablanca durant ces événements, et qu'il n'avait pas songé pour elle à Tabri dnDémétria. On commençait à plaisanter et à rire. On vivait ensemble. On attendait, sans trouble et sans impatience, ce qui allait venir, car, bien que Ton fût sans nouvelles, on ne doutait pas que quelque chose vint.
Mais des maladies, de la dysenterie, se sont déclarées à bord du Démétria^ où la misère est grande, où Ton n'est ravitaillé que par le consulat, où Ton manque d'eau. Qu'à cela ne tienne! Il faut faire évacuer le Déniétria. A quoi bon, du reste, retenir sur un bateau, où ils sont entassés, ces deux cents Européens, alors qu'ils peuvent sans danger rentrer en ville? M. Maigret ira le leur dire. Auparavant, il se rend sur le Galilée. Son objet est de demander au commandant Ollivier de se charger de ceux des Français qui ne consentiraient pas à regagner la terre ; il désire aussi que le commandant autorise le médecin du bord, M» Brunet, à l'accompagner sur le bateau an-
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glais, afin qu'il puisse appuyer ses propres conseils de débarquement. Le commandant y consent. Vaine entreprise, car tout le succès de M. Maigret et de M. Brunet sera de persuader quatre personnes de se rendre au consulat.
C'est le dimanche soir, à six heures, que cette démarche est faite. Nous sommes à quelques heures du second acte de la tragédie de Casablanca. Qui eût pu la prévoir, et comment s'est-elle nouée ?
Les impatiences- du « Galilée »
Tandis que le consulat s'affermissait dans la confiance, le Galilée^ immobile sur rade et n'apercevant de Casablanca que les blanches terrasses de ses maisons, s'aigrissait dans un état d'esprit singulier. Il était v.enu pour agir, il voulait agir. Que faisait-il, face à cette terre énigmatique, et que voulait-on de lui ? Que la paix, spontanément, entrât dans la ville, il n'y croyait guère, car il n'était point venu ici pour des œuvres de paix. Une force navale allait, sans nul doute, le suivre aux eaux marocaines : fallait-il que tout le prestige de l'action, une fois de plus, couronnât les derniers venus, et que l'avant-garde fût privée du lustre escompté? Ainsi frémissaient les officiers du Galilée, A qui était admis à leur bord, ils montraient avec orgueil leurs canons, les gros et les petits, ne parlaient que de débarquer et de bombarder. A l'un des visiteurs, ils désignaient, d'un vaste geste, le panorama de Casablanca, et faisaient : « Tout çà, en un clin d'œil, nous pouvons le balayer, quand on voudra ! » On les louera de cette fièvre guer-