‹ Les journées de CasablancaChapitre 100 sur 139 · SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

SEPTEMBRE

rizon de Casablanca, et que le brouillard enfin se fend, trois vastes agglomérations, blanches et grises, formées de tentes coniques et de gourbis, et faisant trois taches pareilles et distinctes, apparaissent dans le fond du vallon... Taddert ! Voilà donc ce Taddert, dont les oreilles et les imaginations sont pleines depuis un mois ! Une sorte d'ivresse enfièvre la petite armée, à qui l'occasion est enfin donnée de surprendre le Marocain chez lui, et qui, durant tant de jours, a construit dans son rêve un Taddert de féerie, où Ton se noierait en de magnifiques ripailles. Il y a des soldats qui crient. D'autres jettent leur fusil en Tair en dansant. En deux points de la colonne, un tirailleur et un légionnaire, frénétiques et saouls de joie, entrent dans un tel frémissement, qu'il faut les désarmer, les soigner, les étendre dans des cacolets, et j'ai compris alors à quels maux la folie coloniale peut soumettre l'organisme humain.

N'ayant poitit le dessein de faire le récit des opérations militaires, je passe sur celle-ci. On a vu Taddert, on s'y est élancé, on Ta pris, on l'a brûlé, et voilà l'essentiel. Ce fait d'armes s'est distingué par ce trait mémorable, que l'ennemi, en somme, n'y parut point, ou qu'il put sembler du moins à nos soldats qu'il fit défaut ce jour-là, tant le Marocain, dans les rencontres précédentes, l'avait habitué à des joutes héroïques.

3i6 LES JOURNÉES DE CASABLANCA

Cette fois, dès que les guerriers avaient aperçu la colonne, la moitié d'entre eux, comprenant soudain, que Theure n'était plus de se battre, si Ton ne voulait être battu, mais de fuir par les sentiers les plus secrets, s'étaient hâtés à travers le camp, et, pressant chacun, s'efforçaient de sauver tout ce qui pouvait être sauvé. Les autres, indomptables et orgueilleux, refusant de laisser le champ libre au roumi, et, contre toute vraisemblance, espérant quand même dans la fortune, prirent leur cheval et leur fusil et s'élancèrent, les malheureux, contre les canons ! Mais ils n'étaient pas plus de quinze cents, à l'estimation de la plupart des officiers et du général lui-fhème, quinze centà à s'opposer à la marche de dix-huit cents hommes, armés de bons fusils et escortés d'artillerie ! Nos pièces de 75 et le tir de notre infanterie en firent un massacre, et nos risques furent médiocres en revanche, puisque, rentrant tout à l'heure au camp, la colonne n'y ramenait ' qu'un mort et six blessés.

Lorsque nos soldats, ayant, d'un revers de main, balayé le chemin, ont pénétré dans le camp, la plupart' des tentes y offraient le spectacle de la vie suspendue. Des gargoulettes, se balançant à des cordes minces, tiennent l'eau fraîche. Le couscous, à demi moulu, attend que des mains expertes remettent en mouvement les pierres broyeuses. Le thé, la menthç et le

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