‹ Les journées de CasablancaChapitre 99 sur 139 · SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

SEPTEMBRE

tourment du général Drude, inquiet de ne pouvoir appliquer, en cette circonstance décisive, son principe de bataille : « Agir à coup sûr. » A cet égard, la conversation qu'il m'a tenue avant-hier est caractéristique. Elle atteste que, jusqu'au moment même de l'action, il a redouté d'engager ses troupes dans une entreprise, où, selon un des mots qu'il affectionne, il ne voyait pas clair.

Remis hier de son indisposition, il se donne encore du champ, s'accorde pour la décision quelque répit encore, en se promettant néannioins, ainsi qu'il est naturel et qu'on Tenseigne dans tous les cours de tactique, de jnettre à profit la chance favorable qui s'offrirait. Cette chance est venue à lui ce matin, souriante et aguicheuse, mollement étendue sur les coussins brumeux de l'aube opaque. En bon militaire, ill'a prise, et c'est là son mérite.

Dans la soirée d'hier, il avait ordonné qu'une reconnaissance irait explorer la route même de Taddert, mais sur quelques kilomètres seulement, et il lui avait fixé, comme limite extrême, la ferme Alvarez. La colonne comprendrait six compagnies, sous le commandement d'un lieutenant-colonel, à qui il fit les plus expresses recommandations, lui interdisant, sous aucun prétexte, de se laisser entraîner et de dépasser 1^ ferme. Deux heures plus tard, il lui parut que, deux précautions valant mieux qu'une, il était préférable d augmenter la

force de la colonne, et il la porta à dix compagnies. Puis, craignant que son subordonné, en dépit de ses ordres, ne s'engage et n'aille trop loin, il décide d'accompagner en personne la reconnaissance. « Comme cela, dit-il à ses officiers d'ordonnance, je serai sûr que ces lapins-là n'iront pas où je- ne veux pas qu'ils aillent, et qu'ils ne me feront pas faire ce que je ne veux pas faire. »

— Bon ! se disent alors ceux qui, parmi ces officiers, préconisaient plus de hardiesse, voilà encore ratée l'affaire de Taddert !

Ce matin, au petit jour, la colonne se met en marche, divisée en deux échelons, le général accompagnant, selon la règle, le second.

Mais il semble qu'en même temps la précède et la couvre une brume laiteuse, qui, cheminant devant elle, comme si nos soldats la poussaient, s'enfonce dans l'intérieur des terres, à mesure qu'une brise favorable la chasse de la mer. Enfermées dans cet anneau de Gygès, nos troupes s'avancent en sécurité; quand elles arrivent, au bout de cinq quarts d'heure, à la ferme Alvarez, elles n^ont pas eu à tirer un seul coup de fusil, et l'ennemi n'a encore aucun soupçon du mouvement offensif du camp français.

L'occasion était trop bonne. Le général la discerne, et incontinent la saisit. On va plus loin, puis plus loin encore. Quand on parvient au sommet de Textrême crête qui ferme l'hcv

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