SEPTEMBRE
café sont apprêtés pour les guerriers, quand ils reviendront de la bataille. Un chameau blessé, dont la charge a glissé sur le sol, gît dans son sang répandu. Des bourricots se poussent dans les espaces libres, frétillant de la queue, et, de leurs t:/io//rtr/ à demi remplis, de ce double panier de fibres végétales que supporte leur échine, tombent à terre des étoffes et cent objets divers, que Ton avait commencé d'y entasser avec trop de hâte.
Parmi quelques corps éventrés par nos obus, on voit, presque côte à côte, ceux de deux guerriers, exsangues et montrant des visages tordus, et- qui serrent dans leurs bras des tapis et une toile de tente qu'ils essayaient de ravir à l'imminente rapine de Tennemi.
Des chevaux, blessés par nous en des combats anciens, étaient venus s'allonger et mourir au camp, et leurs cadavres décomposés, que nul n'a songé à traîner au dehors, achèvent d'y pourrir, avec d'effroyables odeurs. Et parmi tout ce désordre, dans cette enceinte de carnage et de mort, sous l'une de ces tentes bouleversées comme par un pillage, mêlée à un tas d'objets disparates, repose une machine à coudre, jolie, pimpante, luisante, évidemment gagnée au sac de Casablanca, et que son propriétaire actuel, tout entier à sa fuite agile, a abandonnée dans son gîte.
Tandis que nos goumiers, les premiers à la tâche, se précipitent à travers le désert de ce
3i8 LES JOURNÉES DE CASABLANCA
camp, et que le capitaine Berriau, appréhendant des scènes de pillage trop certaines^ leur donne Tordre de Tincendier, une colonne s'allonge à l'horizon, qui, fuyant le roumi vainqueur, va chercher un refuge vers des régions lointaines, emportant avec elle ses bêtes et la plupart de ses biens... On a surpris le camp de Taddert, certes ; on n'a point capturé ceux qui le formaient. Une fois de plus, on s'est contenté de pousser devant soi les bandes marocaines, en agrémentant- cette opération de l'incendie de leurs tentes, comme, du bout de sa pelle, Tenfant pousse le sable du rivage, que ramènera le flot prochain. On ne voulait point aller détruire Settat ou quelque autre village, car on n'était pas libre de le faire, et l'on avait en main des lettres ministérielles, où il était question, non plus du châtiment à tirer de la Chaouïa, mais des « satisfactions j» à obtenir des tribus. Soit, Mais le gouvernement n'a pas interdit que le camp de Taddert, surpris et entouré, soit saisi par nos troupes avec tout ce qu'il contenait d'habitants sédentaires, de bétail et de biens, et cela pourtant ne fut pas fait.
Cependant, laissant, aux coins des camps, nos soldats y allumer, avec méthode et certitude, l'incendie, le gros de la colonne pousse vers le sud de deux kilomètres, afin qu'il soit dit que nous avons dépassé Taddert. Puis, après une courte halte, ces troupes, qui,