‹ Les journées de CasablancaChapitre 104 sur 139 · II-I2 SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

II-I2 SEPTEMBRE

lacieux, d'énergique et de fort, qui est de haut ton. Le capitaine Caud s'afflige, car les spahis, confinés à la ferme Alvarez, ont peu donné dans l'affaire de Taddert. Soudain il fait^ de sa voix mesurée :

— Nous avons vu là-bas le caïd rouge.

Le « caïd rouge » est la légende de l'expédition de Casablanca. Le caïd rouge est un mythe. Nul ne Ta jamais vu, car il n'a. pas existé.

Inventé par un reporter imaginatif, il fut d'emblée adopté à Paris, parce que notre public n'aime pas les choses simples et qu'il chérit le roman-feuilleton. On a rencontré quelques Marocains habillés en rouge, comme d'autres l'étaient en bleu, en noir ou en blanc; on les a remarqués, parce que le rouge est une couleur peu usitée au Maroc ; mais on peut affirmer que, dans toute la Chaouïa, on ne trouverait pas un caïd vêtu d'un burnous rouge. Sur cette base incertaine, voilà pourtant édifiée une légende ! Celle-ci est tenace...

Elle m'exaspère, parce qu'elle est pour moi comme le signe de tout ce qui déjà se mêle de fantaisie et de mensonge à une affaire qui, racontée dans sa vérité, offre pourtant de suffisants éléments de passion. Et voilà qu'un homme, aussi sérieux et digne de foi que le capitaine Caud, prétendait avoir rencontré le « caïd rouge » !

Je regardai le capitaine avec une stupeur inquiète et hostile. Il poursuivit nonchalamment :

— Nous avons vu le Caïd rouge... Ils étaient quatre : deux en rose et deux en rouge.

Alors je ris de bon cœur, et je me souvins qu'à rheure même où le capitaine Caud avait aperçu les quatre incarnations du fantôme, mon distingué confrère Ludovic Naudeau, en un point du combat très éloigné de la ferme Alvarez, m 'interpellant de loin, m'avait crié :

— On vient d'apercevoir là-bas, à gauche, le Caïd rouge... Prenez votre jumelle. Regardezle^bien. . . Vous ne pourrez plus maintenant nier son existence ! »

Pour les Arabes comme pour les Européens, la prise de Taddert est l'événement du jour.

Eux-mêmes s'en étaient fait, en imagination, des représentations fastueuses, et il apparaît ainsi que, nulle du point de vue militaire et stratégique, l'opération est néanmoins destinée à produire dans la Chaouïa un effet certain.

Pour l'instant, ce sont les Marocains de 1 ville qu'il est bon de regarder. Que pensent ils ? Que se disent-ils entre eux, dans les ce fidentielles causeries qu'ils poursuivent le soir, au fond de leurs logis, portes closes?... Deî sentiments contraires les partagent. Le 31 diouna, le M'zab, le M'dakra, et tous cis

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