II-I2 SEPTEMBRE
nomades de la Chaouïa, il les déteste, puisqu'ils ne vivent qu'à ses dépens, qu'il est en perpétuelle alarmé de leurs pillages et de leurs déprédations, et que, en somme, dans la catastrophe présente, c'est d'eux que lui viennent tous ses maux. Qu'ils soient châtiés, à leur tour pillés et incendiés, que quelques-uns soient en outre expédiés au paradis de Mahomet, ce n'est pas lui qui les plaindra. Au contraire. Et il voudrait s'en réjouir pleinement. Mais ce châtiment est administré par le roumi, et le bon Marocain se fait cette réflexion qu'il est pénible, pour un honnête musulman, de se faire, même en pensée, l'allié du chien de chrétien contre ses frères de race.
Aussi sa perplexité est-elle sans mesure.
C'est au pillard qu'il doit, avec la ruine, la présence du roumi sur son dos, et il exècre pour cela le pillard; mais il ne peut pas se résoudre à aimer le roumi, même pour une fois, même à titre exceptionnel,[même à cette condition que ce précédent ne pourra être invoqué plus tard, car, en vérité, il n'est pas une circonstance de la vie où il soit possible que se réalise un tel paradoxe... Ah ! si, au lieu du « Kébir » et des militaires français, il avait devant lui un Kébir et des troupes du Maghzen, avec quel enthousiasme éclaterait son allégresse ! . . . Mais il songe, en évoquant les cadavres et en méditant sur les ruines de l'incendie et du bombardement, que le troupier français pos-
sède des méthodes sûres et rapides, et il se Rappelle en revanche que sa propre maison fut pillée par des gens de rien, que conduisait en personne un soldat du maghzen. Alors il est indécis, et, plutôt que de se prononcer, il tombe dans le silence et la mélancolie...