II-I2 SEPTEMBRE
ils ne sont en aucune manière commissionnés. Travailleurs bénévoles, ceux qui sont restés là, accroupis aux alentours de la porte, ne bougent non plus que des sourds, quand les appelle le Français qui représente la société.
Alors, sans un mot, le domestique arabe, qui tient en main une cravache, s'avance, bras levé, vers leur groupe, et sa cravache retombe sur l'échiné du premier qui s'offre.
Celui-ci pousse des hurlements de bête et se précipite aux genoux du Français. A qui s'adressera-t-il, sinon au maître de TArabe, à Tun de ceux-là dont la patrie a expédié ici des soldats et des canons pour la punition des méchants et la revanche de^la justice ?. . . Mais le Juste, avec un mauvais sourire dans sa barbe noire, fait rudement : « De quoi te plains-tu? Tu n'es pas content ? n L'autre comprend qu'il mêle les questions... Du même coup, comprennent ses camarades, et tous, en file indienne, se dirigent tristement vers la barcasse, d'où les trente-cinq caisses sont bientôt extraites. Faisant son cadre à cette scène, des officiers de marine regardent et s'esclaffent.
Un peu après, confortablement assis à la table de l'Hôtel de France, l'ingénieur raconte la chose. Chacun trouve l'histoire ravissante. En conclusion, il ajoute, car il a la voix douce et l'œil bienveillant : ^
— Ces juifs étaient sans doute fatigués. Oui, je le veux bien, car on a débarqué toute la
journée. JMais quoi ! une demi-heure de plus ou de moins, ce n'est pas une affaire ! ... Et puis, ils sont pauvres, ils ont besoin d'argent, et, en somme, nous leur rendions service.
... A coups de cravache.