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SEPTEMBRE

et il n^ a pas de raison pour que cela ait une fin. Cela ne finît jamais, en effet, et voilà pourquoi le Roghi, par exemple, qui n'a ni argent ni autorité ni véritable armée, peut tenir en échec, depuis plus de quatre ans, les méhallas du Sultan, qui ne sont d'ailleurs ni mieux payées ni plus disciplinées que ses propres bandes.

Nos adversaires, sous la mitraille des shrapnells, trouvent que nous gâtons le métier et que ce n'est pas de jeu.

Notre incapacité à profiter de la victoire ne les étonne pas moins. Que voient-ils chaque jour ? Les Français sortent de leur camp ; les balles sifflent, le canon tonne, les « frégates » entrent dans la partie ; des Marocains sont tués ou blessés, des chevaux é ventres ; le reste de la troupe, au bout de trois heures, se retire. Puis nos soldats reprennent pacifiquement le chemin de la ville, rentrent dans leur camp, et, si on les laissait en paix, on n'entendrait plus parler d'eux... Grande merveille pour la Chaouïa. Lorsque le Sultan entreprend de châtier des tribus insoumises ou rebelles, l'opération leur coûte plus cher.

Ayant préalablement, par des moyens sonnants, gagné les tribus environnantes, et dressé ainsi, autour de ceux qu'il vise, une infranchissable muraille, il met en route ses méhallas. Sur le chemin, elles se grossissent de tous les guerriers en disponibilité et de

tous les vauriens en quête de mauvais coups, à qui il suffit de promettre, avec une maigre solde, les mains libres pour le fructueux pillage.

Avant qu'ils aient pu se reconnaître, les rebelles sont vaincus ; sachant d'avance ce qui les attend, ils se présentent à la bataille, démoralisés et tremblants } parfois même, ils passent la formalité du combat, et font d'emblée leur soumission. N'importe! il faut qu'ils soient châtiés. Alors on coupe des têtes, on incendie tentes et villages, on confisque les armes, on emmène chevaux et bétail, on saisit les réserves des silos, on brûle les moissons, on détruit tout ce qu'on ne peut emporter, et les hommes du Sultan laissent la tribu, battue, décimée, pillée, volée, vidée, ruinée, plus nue que ne fut le premier homme, plus pauvre que ne sont les mendiants des routes, plus délabrée qu'un moribond ravagé par la maladie. Pour reconstruire ses villages, reconstituer ses réserves, racheter des armes, des tentes et des chevaux, il lui faut des années. Mais elle se souvient, et son exemple est la leçon des témoins du spectacle.

... Combien de têtes avons-nous coupées?

Combien de villages dévastés? Quels pillages nous ont enrichis?... N'avons-nous fait rien de semblable ? . . . C'est donc que nous craignons de nous engager trop avant, et que nos frêles courages s'émeuvent de la bravoure marocaine.

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