SEPTEMBRE
Ainsi, du moins, raisonnent les tribus, et voilà le langage qu'elles colportent, de Tanger à Marrakech.
Samedi j 4 septembre .
Je croise tout à Theure le chanteur Mercié, avant-hier pillé jusqu'à la dernière chaussette, hier héros, présentement cantinier, par la grâce du général Drude, et en cfiiemin vers la fortune. Il a le visage épanoui, et, avec sa verve marseillaise, il fait incontinent :
— Ah ! je suis bien content ! Je viens de rentrer dans une partie de mes « frusques » ! . . . Figurez-vous que je me trouvais ce matin par là-haut, dans une rue de tonnerre de bon Dieu, quand je vois venir un jeune juif épatant, qui faisait le gandin et se prélassait, en fumant une cigarette, une badine à la main, avec des bottines vernies et un pantalon de troun de l'air, qui avait un pli extraordinaire... Je me dis : « Cristi, en voilà un gommeux! On n^a jamais vu ça à Casablanca ! »
Mais à mesure qu'il s'approchait, je faisais : « C'est drôle, tout de même, voilà un pantalon qui ressemble joliment à un grimpant de ma connaissance, et des bottines qui m'ont bien l'air de sortir d'une garde-robe où j'avais mes entrées ! » Je ralentis, je le laisse venir, je regarde... Parfaitement, c'était mon phalzar!... Ah! je t'ai empoigné mon juif par le
derrière, et il en a vu trente-six chandelles !... « Ah ! mon gaillard, tu ne t'embêtes pas !
Veux-tu encore mon peigne et mes fausses dents?... Je pourrais t'envoyer ma fiancée, par la même occasion? » Il n'en revenait pas... Je Tai conduit délicatement à la police, où on Ta mis à Tombre. Le commissaire, M. Dordé, voulait me rendre mon pantalon. Mais je lui ai répondu qu'il pouvait le mettre en loterie de ma part. »
Cette après-midi, le général Drude reçoit.
Il reçoit un personnage, Mouley-el-Amin, oncle du Sultan. Mouley-el-Amin, on le sait, commandait dans la Chaouïa la méhalla chargée d'y rétablir l'ordre. Comme ses soldats n'étaient pas payés, il en avait peu, et, cha- \ que matin, il en avait un peu moins que la veille ; quand le soleil se leva aii lendemain du 30 juillet, il n'en avait plus du tout. Entre la certitude d'un fructueux pillage et^le lustre de servir pour, l'honneur le Père des Croyants, un bon Marocain n'hésite pas. Il pille d'abord. , et s'arrangera ensuite avec le gouvernement et le Prophète.
L'allégresse dont la destruction de Tadderî a gonflé l'âme de Mouley-el-Amin est sanpareille, et il n'aura point de quiétude qu'il nt l'ait exprimée en personne au Kébir des Fran