‹ Les journées de CasablancaChapitre 113 sur 139 · SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

SEPTEMBRE

çais. C'est pour cela que, quatre heures sonnant, il s'achemine vers le camp. Pour cette entrevue, dont la signification est grande, le Kébir a fait des préparatifs. Le consul, M. Malpertuy, qui a de très beaux tapis, lui en a prêté quelques-uns. Un grand pavillon tricolore, envoyé par l'amiral Philibert, décore une des parois. Un fauteuil de jardin, en jonc ou en bois tourné, et qui est tout blanc, quelques chaises de paille, complètent l'ameublement habituel, lequel se compose, pour l'essentiel, de bancs de bois.

Voici Mouley. C'est un vieillard corpulent et flasque, qui a une barbe grisonnante dans une large face et des yeux ronds. Accompagné de son khalifa. Si Allai, il s'avance lentement, au pas d'une débonnaire mule noire, enfoncé dans une haute selle rouge, et chaussé de babouches jaunes. Douze spahis l'escortent;- Sept serviteurs, dont les uns sont noirs et les autres jaunes, vêtus de costumes bigarrés, l'entourent. Celui-ci tient la bride, deux autres les étriers, et le reste se presse non loin, afin de pouvoir intervenir sur-le-champ, si un écart ou un reniflement de la bête compromet l'équilibre de l'altesse. L'un d'eux porte avec précaution, dans une gargoulette rouge, l'eau dont celui-ci se désaltérera tout à l'heure.

Un conflit protocolaire, ô merveille, a failli se produire. Mouley, membre de la famille régnante et chef de méhalla, rendant visite à

un militaire qui n'est, dans son propre pays, qu'un général entre beaucoup d'autres, un manant qui ne possède pas le moindre principicule dans sa famille, sentait avec force tout le prix de l'honneur qu'il lui faisait. Aussi prétendait-il ne point descendre de sa mule et tenir ainsi conversation avec le général, debout à côté de lui. A quoi celui-ci fit répondre sans fard que, ceci étant, Mouley pouvait rester chez lui. L'oncle, dès lors, n'insista pas. Voilà qui est bien marocain. Il ne coûte rien d'essayer : qu'est-ce qu'on risque? disent chez nous de bonnes gens, qui pourraient être sujets du grand Chérif.

Soutenu et tiré par ses sept serviteurs, Mouley descend de sa mule, en s'aidant d'une chaise. Le général est là, qui lui tend la main, et qui, pour marquer la cordialité de cette visite, a gardé la petite tenue, sa veste kaki du camp et du combat, imité en ce point par ses officiers d'ordonnance. Mouley s'assied, s'installe. Tout aussitôt, les effusions commencent. Avec une abondance d'hyperboles, que traduit fidèlement le lieutenant Raymond, officier interprète, il remercie le général et l'armée française de leur intervention, en célèbre les merveilleux résultats, ajoute que son contentement est tel, qu'il n'a pu se retenir de le faire connaître par lettre au Sultan, son impérial neveu, et à Torrés. Pour conclure, il se proclame pour la vie l'humble et fidèle

Page 1