‹ Les journées de CasablancaChapitre 114 sur 139 · SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

SEPTEMBRE

serviteur de la grande France, et, avec un gras sourire, il répète dans sa barbe, avec de petits mouvements de ses doigts courts : « Je suis Français; à partir d'aujourd'hui, je suis un vrai Français ! »

Le général le remercie avec bonne humeur.

Le général est gai. Il fait rondement qu'il n'est venu ici que pour y rétablir la paix, et que Mouley a dû s'en apercevoir au bruit du canon. Puis, les paroles officielles étant échangées, et cette conversation par interprète manquant de chaleur, chacun s'occupe de son côté,' Mouley avec M. Malpertuy, arabisant remarquable, et le général avec ceux qui sont là. Pendant ce temps, la nouba des tirailleurs joue des airs indigènes, dont le rythme monotone et lent, qui sent son Islam, doit donner à réfléchir à l'oncle. Aux extrémités du gourbi, qui est ouvert et n'a pas de portes, des officiers, des photographes, des correspondants de journaux, se pressent à quelques mètres, et, derrière eux, la foule des soldats fait un grand cercle pour apercevoir au départ le puissant personnage.

Avant de prendre congé, celui-ci pense faire acte de politesse en demandant à voir de près une ascension du ballon. Il a entendu dire que le ballon avait rendu aux Français les plus grands services, et, en ceci, on ne Ta point trompé, je le sais à présent. Au début, j'ai plaisanté sans grâce le ballon de Casablanca,

et ce fut une Ipurde faute. Il faut que je m'en accuse. J'espère ainsi mériter le pardon de mon ami M. Léon Barthou, qui est aussi un fervent et compétent aéronaute, et de qui j'ai reçu, à cette occasion, le blâme cordial.

Le désir de Mouley sera satisfait sans délai. Un officier se précipite au parc aérostatique. . . . Bon ! quelque' avarie vient de survenir au moteur, et il faut deux heures pour le réparer. Peut-on avouer à Toncle du Sultan que toutes ces « machines » de la civilisation île sont pas impeccables ? Que faites-vous de notre prestige?... Mais le général ne s'embarrasse pas pour si peu. Il lève le doigt au firmament, et il explique gravement que la direction des vents ne permet pas de tenter d'ascension à ce moment. Or le ciel est pur, le soleil est accablant, et les oliviers immobiles, que ne caresse nulle brise, dorment lourdement dans la campagne.

Sur quoi, Mouley, ayant pris congé et goûté à l'excellent thé à la menthe que le général a fait préparer par un Marocain expert, remonte sur sa chaise, se fait hisser en selle par les sept serviteurs, et regagne, au milieu de son escorte, l'ancienne demeure du caïd Si bou Bekr, dont il a fait son logis.

Tout le long de la paume de la main, dan? la direction des doigts, on vous ouvre, d'une

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