‹ Les journées de CasablancaChapitre 116 sur 139 · SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

SEPTEMBRE

sera transporté plus loin, et je retrouverai la flotte de Casablanca à l'endroit où je Tai vue tout à rheure.

Il n'est pas douteux que quelque chose se passe à Casablanca, ou que quelque chose se passe ailleurs, qui a sa répercussion à Casablanca. La période guerrière est close, sinon en fait, du moins en intention. Bien loin d'instruire les puissants de Theure, TafFaire du seigneur Maaïzi les a mis en goût, et son souvenir, qui ne figurera pas en bonne place dans le livre de la subtilité française, les enfièvre. La venue de M. Regnault, arrivé ce matin de Tanger par le Forbin^ marque symboliquement que la phase diplomatique — si je puis employer décemment un tel mot, ici dépourvu de sens — succède à Toeuvre militaire.

Car il paraît, à en croire nos maîtres, que cette œuvre est achevée, que les Marocains se sont évanouis, et que nous n'avons plus qu'à recueillir le fruit de notre héroïsme. C'est à mourir de rire, si ce n'est pas à pleurer.

Voilà pourtant ce que l'on raconte au peuple de France !

Nous avons déblayé les alentours de Casablanca et poussé de quelques kilomètres les gens des tribus; nous n'avons rien fait d'autre. Est-ce cela qu'on appelle pacifier? Et de

quel front osera-t-on affirmer à Topinion française que nous avons accompli notre dessein de rétablir Tordre, alors que, au soleil couchant, ce soir, le général Drude ne vous permettra même pas de dépasser la ligne de sentinelles qui gardent son camp, et que quatre hommes, armés ou non, ne se rendraient pas impunément, en plein jour, à Taddert, brillé par nous mercredi dernier? Il paraît que ceci s'appelle de la politique, et il y a décidément des âmes pour qui demeurera éternellement close cette science bizarre, dont la loi première est de bannir, comme instruments pernicieux, la vérité et la logique.

C'est donc la politique qui désormais pèse sur Casablanca, oii les faits, jusqu'à ce jour, se déroulèrent dans un ordre si parfait et une clarté si pénétrante. Cela se devine et se sent à une multitude de détails qui n'échappent pas à Tobservateur. Le consulat ne cesse d'abriter les palabres répétées où le consul, le général et l'amiral échangent des vues sans fin sur le présent et l'avenir de la Chaouïa. Des conférences mystérieuses ont lieu avec Si Allai, khalifa de Mouley-el-Amin, et avec des hommes couleur de muraille, venus du dehors au crépuscule et qui y retournent à la nuit.

Notre excellent consul, M. Malpertuy, qui se contentait, au début, d'être, le témoin d'opérations où son rôle était nul, a part maintenant à la conduite des choses, et cela se voit à son

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