SEPTEMBRE
attitude, à Tair d'autorité qu'il a pris, à ses étranges silences et à ses façons ténébreuses, car il est devenu impossible de lui parler du brouillard, du soleil ou du vent, sans que le secret diplomatique pèse incontinent sur ses propos.
Enfin c'est le général Drude qui, dans cette période nouvelle, montre le plus de gène et de gaucherie*. En vérité, ce chef, faisant, poings aux hanches, les cent pas autour de sa tente, semble maintenant empêtré au milieu de ses 5.000 hommes, et l'on dirait qu'il se demande ce qu'il va en faire. Et il se le demande, en effet; car il a des façons de vous dire, le menton en avant : « Eh! bien, avezvous des nouvelles?... Savez-vous ce que veut le gouvernement?... » qui accusent encore le singulier désarroi moral où nous nous trouvons. Impression étrange, que chacun, civil ou militaire, éprouve ici, et qui nous a gagnés tous, comme si, du cerveau d'hommes réunis sur un étroit espace et tendus vers les mêmes fins, une pensée, commune se dégageait à certaines heures, et, retombant en eux, les possédait ensemble au même instant.
Il n'est plus question ni de sorties, ni de marches , ni d'opérations , et les petites démonstrations qui ont lieu n'intéressent plus. Qu'il y ait, quelque part dans la Chaouïa, une
* V. la note de la page 291.
Kasbah de Medionna, où se tient un gros de nos adversaires, ailleurs un village de Settat, le plus peuplé et le plus riche de la région de Casablanca ; qu'il soit dangereux de laisser en paix ceux qui les occupent, et que notre inaction les autorise à propager le bruit de notre pusillanimité, qu'est cela ? La grande affaire du jour, c'est ce qu'on appelle, d'un mot qui, sur cette terre, apparaît d'une bouffonnerie que les Français de France ne mesureront jamais : les négociations! Donc on négocie. Avec qui? Peu importe. Pourquoi? Parce qu'il est d'usage que toute guerre se termine par la paix, et que l'on a décidé que cette guerre-ci avait assez duré .
Mais il n'y a pas plus de raisons de négocier aujourd'hui, qu'il n'y en aurait eu il y a un mois. On négocie, n'en demandons pas plus.
Et précisément quatre seigneurs de la Chaouïa se sont présentés aujourd'hui au consulat, où les ont reçus en congrès M. Malpertuy, le général et l'amiral. Ah! s'ils avaient le pouvoir de lire dans les âmes, quel orgueil les gonflerait, à constater les transports allumés ici par leur venue!...
Malheureusement, toute la bonne volonté qu'on y peut dépener ne suffit pas à conférer à ceux-ci une apparence d'autorité. Ce ne sont que des farauds de village, de ce's beaux parleurs qui aiment à se mettre en avant, de ces malins qui, pour étonner leur auditoire, crient, au milieu d'une réunion : « Moi, je n'ai pas