‹ Les journées de CasablancaChapitre 118 sur 139 · SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

SEPTEMBRE

peur des Français, et j'irai leur parler! » Se sont-ils battus contre nous? Ont-ils, au regard de leurs tribus, Tauréole de guerriers qualifiés pour traiter la paix, après avoir vaillamment soutenu la guerre?... A cette question que je leur fis poser, le plus grand des quatre découvrit deux mâchoires pourvues de dents étincelantes, et, s'esclafFant, se vanta d'avoir fui quand on combattait, parce que ce n'était pas son affaire de se battre contre des canons. Par surcroît, si Ton se renseigne, on apprend qu'ils appartiennent à deux tribus qui, de tout temps, furent, dans la Chaouïa, parmi les plus pauvres, les plus pacifiques, les plus débonnaires. L'une, celle des Zenata, établie au nord-eat de Casablanca, a pour ville le petit port de Fedhala, et, molle dans la guerre, elle ne prit les armes que sous la contrainte de ses rudes voisins; ce fut dans les derniers jours d'août, sur la sommation d'envoyés de la méhalla de Merchirch, qui leur donnèrent à choisir entre le pillage et la razzia, et la lutte contre les roumis. L'autre, celle des Ziaïda, limitrophe de la précédente, est dans le même cas. Et si les uns et les autres sont ici aujourd'hui, c'est parce que le bombardement de Fedhala par la Gloire avait été décidé, que l'opération devait avoir lieu demain ou aprèsdemain, et qu'un officier de marine en ayant laissé échapper la confidence, celle-ci fut rapportée à un commerçant européen, qui, ayant

des intérêts à Fedhala, envoya aussitôt avertir les Zenata.

Bref, quand il fut avéré que nulle apparence de conversation sérieuse ne pouvait s'engager avec ces quidams, il fallut bien les renvoyer. On leur dit qu'ils devaient revenir en plus grand nombre et amener avec eux des ambassadeurs de toute la Chaouïa. Ils ont promis tout ce qu'on voulut, et on leur a donné rendez-vous pour jeudi, accompagnés cette fois d'une troupe renforcée de négociateurs... Disons-nous que nous sommes au spectacle, et demandons-nous seulement \ si la pièce est bonne.

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