SEPTEMBRE
Cette maison est à moi. — Les blancs oumanas et leurs coussins rouges. — Débuts de l'administration du commandant Santa-Olalla. — « Les chrétiens, c'est eux. » — Politique de duperie. — Ce qu'on entend par « pouilleux » à Casablanca. — La résurrection. — Une journée diplomatique. — Dix-huit plénipotentiaires. — La figure du Vaincu. — Réflexions d'un témoin. — L'ambassadeur fait les cigarettes du consul.
Mardi 17 septembre.
Une pluie d'étiquettes imprimées est tombée sur les maisons de la ville, et ces étiquettes sont bien curieuses. Elles portent qu'il est interdit d'entrer dans telle maison, qui appartient à telle personne de telle nationalité.
L'étiquette est collée en travers de la porte, et signée, le plus souvent, du capitaine Poulet, excellent officier des chasseurs d'Afrique, désigné pour la direction de la police à Casablanca, mais de qui la signature, en cette occurrence, ne constitue, bien entendu, aucune garantie de propriété, et c'est ce que lui-même ne laisse pas ignorer.
Dans les premiers jours de roccupation, aux heures magnifiques du pillage, quelques Européens, escomptant le prestige de deux lignes imprimées et d'une signature, eurent Tidée d'apposer sur leurs demeures des étiquettes semblables. Ils furent imités. Ils le furent avec excès. Les petites étiquettes blanches coururent à travers la ville, et, aujourd'hui, vous pouvez vous y promener, vous ne trouverez pas une maison vide, au fond de la ruelle la plus sombre du quartier le plus sordide, qui, sur sa porte clouée par des traverses de planches, n'affiche cet astucieux acte de propriété. Nul ne soupçonnait que les étrangers possédassent tant de biens à Casablanca, et c'est merveille de découvrir que cette ville, que nous croyions arabe, est, en somme, une cité européenne. Quelle amertume de songer à présent qu'en tirant sur elle, ce sont nos logis que le Galilée a bombardés !
Quelqu'un osera-t-il suspecter la sincérité de ces revendications?... Qui se le permettrait? On ne suspecte pas, on n'insinue pas, on prouve : où sont vos preuves?... Est-ce un Marocain qui proteste? Mais ne connaît-il pas sa loi?... Point de propriété individuelle au Maroc; tous les biens sont a maghzen », c'est-à-dire qu'ils appartiennent à l'Etat, à la communauté. L'Etat est loin, et, pour l'instant, la communauté est dissoute... Il est bien possible que, par mon acte, j'aie de quelque peu devancé