‹ Les journées de CasablancaChapitre 123 sur 139 · SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

SEPTEMBRE

deurs de dimanche, qui devaient apporter hier, dans les plis de leurs burnous, la soumission de la Chaouïa, n'ont pas montré leurs visages au consulat ; mais un homme qui n'a pas dit son nom étant venu, de leur part, nous informer que nous pouvions compter pour aujourd'hui sur l'agrément de leur entretien, l'espérance a refleuri dans les cœurs.

Aujourd'hui, en effet, à l'heure du café, trois seigneurs ont arrêté leurs montures devant le consulat de France. L'un des trois est un des plaisantins de dimanche dernier. Les deux autres sont des figures nouvelles . Il y a un grand, poilu, dont les longs cheveux ébouriffés débordent son turban, et qui a une vaste barbe, une large bouche, des dents étincelantes, le teint noir et un ample burnous bleu. Introduits, après le temps réglementaire de l'attente, ils ont convenu de leur impuissance à entraîner avec eux les autres tribus de la Chaouïa. Leur éloquence n'a réussi à convaincre que la moitié des Ouled Zian, ces pacifiques qui se disent « maîtres de la rivière », par opposition aux belliqueux, qui sont les « maîtres du lentisque » , et qui n'admettent pas que soit prescrite la lutte contre l'envahisseur. Ils ajoutaient qu'ils étaient prêts à faire la paix au nom de ces deux tribus et demie. Alors, après leur avoir déclaré superbement, le premier jour :

« Nous ne traiterons qu'avec toute la Chaouïa », on a réfléchi que ce qui est pris est pris, et on a

fait : « Essayons toujours de commencer par vous. » Ainsi on aura à Paris un prétexte à parler de la soumission de la Chaouïa.

Toute cette mise en scène est, vue de près, un spectacle extrêmement réjouissant.

J'ai, avec les hommes qui y tiennent les principaux rôles, les relations les plus courtoises ; la communauté de vie et de préoccupations a créé, entre tous ceux que leur devoir a appelés, à des titres divers, à Casablanca, une solidarité cordiale qui suffirait seule à m'interdire sur aucun d'eux tout propos désobligeant, et j'y aurai d'autant moins de mérite que je connais leur bonne volonté et leur bonne foi. Les uns et les autres ne doutent pas sans doute qu'ils servent le plus efficacement les intérêts qui leur furent confiés. Mais comment n'ont-ils pas réfléchi que nous sommes dans la Chaouïa, non sur une terre européenne ? Nous n'avons pas affaire à un ennemi organisé, cohérent et familier avec les mœurs des nations policées. Notre protocole veut qu'une guerre soit un duel, que l'adversaire, après qu'il a été vaincu en plusieurs rencontres et privé de I ses principaux moyens, soit contraint de déposer les armes, que la paix devienne l'aboutissement nécessaire du conflit, que des négociations engagées soient une œuvre sérieuse, que des signatures, échangées par le moyen de plénipotentiaires, engagent la nation, pour le jour et .son lendemain. Rien de tel au Maroc.

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