SEPTEMBRE
caire, qu'un nouvel effort débarrassera des roumis le sol de Tlslam. Et ces périodes de répit, que Ton juge propices à assagir les esprits, y reconstruisent au contraire une part des illusions que nos canons avaient dispersées.
Une telle politique est une politique de duperie. Puisque Ton a commencé l'affaire de Casablanca, il faut la conduire à son terme, sans faiblesse, sans impatience, sans retard, et accepter toutes les nécessités de l'action militaire que Ton a soi-même déchaînée. Aujourd'hui comme hier, la parole est au général Drude. En lui seul est la solution. Par lui, nous assurons l'avenir, et nous ménageons le sang, que notre pusillanimité ferait de nouveau couler demain dans la Chaouïa.
Le général Drude a des airs bien singuliers. Il consent à peine à ouvrir la bouche au sujet des négociations. « Moi, vous savez, faitil, je suis un militaire, et ces choses-là, ce n'est pas mon métier. C'est l'affaire de M. Malpertuy. » En même temps, il a un petit sourire, se gratte le menton, et prend la figure d'un homme qui trouve très drôles ces palabres, mais, ne pouvant faire autrement, s'y résigne.
Tout à l'heure, le rencontrant, je lui ai dit:
— Eh bien! général, qu'est-ce que. vos « pouilleux » vous ont dit? La Chaouïa en a-t-elle assez décidément?
Car — j'en denrande pardon à ceux qui liront ces notes — pouilleux, chienlits, voyous, et autres gentillesses, -^ c'est ainsi que, sans révérence, au camp et ailleurs, on traite, à Casablanca, LL. Excellences les plénipotentiaires marocains.
Samedi 21 septembre.
Casablanca lentement se "repeuple. Chaque jour, les campagnes y dirigent des théories d'indigènes, qui, misérables et affamés, se résignent à reprendre, dans la ville devenue roumi, leur existence ancienne. Ces bandes, depuis quelque temps, se font caravanes, et tout ce monde, si pauvre, si pitoyable, restitue cependant aux rues désertes un peu de leur agitation passée. En même temps, un fleuve d'Européens a déferlé jusqu'à nous. Ils viennent d'Algérie, de France, mais surtout d'Espagne. Qui sont-ils?... Ne cherchons pas trop à le savoir. Toutes les entreprises, tous les commerces leur sont bons. Il faut bien qu'ils vivent, et pourquoi n'essaieraient-ils pas de vivre de cette résurrection ?
. Ces boutiques qui s'ouvrent, ces « arabas » dont les conducteurs crient « baâlek », ces mules qui circulent, ces rues où marchent des vivants, ces maisons dont les portes ouvertes