‹ Les journées de CasablancaChapitre 126 sur 139 · SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

SEPTEMBRE

montrent des logis habités... est-ce là cette Casablanca, que nous avons connue si effroyablement dramatique, dans son suaire de cendres et son humidité sanglante ? Sous ce nouveau visage de vie, comment le voyageur distinguerait-il aujourd'hui la hideuse moribonde dont nous avons compté les ulcères et respiré la pourriture ? Plus que toute joie, Thorreiir humaine est passagère, et, plus forte que la mort, plus impérieuse que le crime, la vie sort des ruines et trace sa route à travers les ossuaires.

Mais où sontrelles, ces ruines? On a pansé les plaies des maisons, bouché des trous, restauré des portes. Dans des bâtiments incendiés, on a ouvert des boutiques. Une maison, criblée de balles et d'obus, que Ton se montrait comme une curiosité et vers laquelle on conduisait en visite les nouveaux venus, a été acquise par l'excellent correspondant de V Agence Havas^ M. Favier. Sur toute cette mort, enfin, on a drapé de la vie, et Casablanca redevient une cité .

Il y a bien encore tout ce quartier brûlé, où il n'est pas une maison que le feu ait épargnée. On s'en désole, car il faut le traverser pour atteindre Bab-es-Souk, la porte principale, par laquelle on gagne le camp ; mais on lui a fait une sorte de toilette. On a relevé les matériaux carbonisés et les cendres qui débordaient; on a abattu les charpentes qui mena-

çaient de s'écrouler ; en travers des portes de plâtre, noires de fumée, ouvertes et béantes comme des orbites vides de leurs yeux, de petits marchands ont installé leurs tables volantes ; et cette place même, qui précède Babes-Souk, cette place horrible, détruite par l'effrayant incendie qui y a tout anéanti, tordu les fers, noirci les pierres, le commandant Mangin la fait déblayer. On y abat ce qu'il y reste de murs, et Ton construira à la place des abris militaires...

...Allons! encore un mois, et, de Taffreux drame qui, entre ces mornes murailles, souleva nos cœurs et éprouva nos courages, il ne restera qu'un souvenir, une rumeur dans la mémq^re des hommes, et cinq mille soldats campés à cinq cents mètres d'ici. Casablanca, la blanche cité qui fut rouge et frissonna sous la mitraille, aura repris, dans la splendeur des grands ciels purs, le rêve indolent qu'elle poursuit, aux confins de l'Islam, dans l'éternité du temps.

Dimanche 21 septembre.

Conclusion des palabres de dimanche et de vendredi : dix-huit notables emplissent aujourd'hui la cour du consulat.

Ils sont venus sur dix-huit mules drapées de rouge, qu'ils ont attachées dans la rue. Un à un, ils ont passé le seuil de cette maison détestée . Il y en a déjeunes, avec des barbes noires ;

Page 1