‹ Les journées de CasablancaChapitre 128 sur 139 · SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

SEPTEMBRE

dent le bon plaisir du grand conseil, je me fais ces réflexions :

« Le 1 1 septembre, Drude frappe le coup de Taddert. Stratégie nulle, retentissement étendu.

« Le lendemain, Mouley-el-Amin, muet jusqu'à ce jour, lui fait transmettre ses félicitations. Le 14, Mouley en personne les lui apporte au camp en grand appareil. Le 15, les vagues propos teniis par des transfuges sans qualité, mais évidemment envoyés en éclaireurs, aboutissent à la visite de quatre « voyous », comme dit le général, qui se prétendent négociateurs. On les reçoit bien, mais on les renvoie en les priant de revenir en nombre.

« Le général qui, depuis quatre jours, ne bouge pas, bouge encore moins, car les quatre voyous ont obtenu de lui un armistice. Le 19, jour convenu, ils ne viennent pas. Le 20, ils §e montrent, mais pour confesser leur échec.

« Evidetnment, les c< négociations » se traînent, et la « paix », la paix chérie, à laquelle on ne cesse de faire à Paris des sacrifices pénibles *, y compris les sacrifices de personnes, se présente mal.

I, Le 16 septembre, V Agence Havas communiquait aux journaux, qui la reproduisaient, la note évidemment officieuse que voici :

« Le général Drude a reçu à Casablanca trois délégués désignés

« Depuis neuf jours, Tannée française n'a fait ni un mouvement ni une menace ni quoi que ce soit ; elle est restée immobile dans son camp, ce qui est du reste une manière d'arriver à restaurer le silence dans la province; pour la première fois, depuis le 7 août, les tribus de la Chaouïa respirent, car je compte pour rien l'assassinat de treize malheureux indigènes, tués le 16 à Aïn-Çeba, pour le plaisir. Brusquement, le 21, par une marche hardie, Drude part à trois heures du matin, pousse une pointe de dix-huit kilomètres, brûle le camp de Sidi-Brahim, revient à quatre heures du soir, et il est déjà débotté que les tribus ne sont pas encore revenues de leur surprise, car c'est le premier coup de cette envergure qu'il ose contre elles.

« Conclusion : vingt-quatre heures après, aujourd'hui 22^ dix-huit seigneurs sont dans la cour du consulat, où ils viennent déposer la soumission de deux tribus et demie,

» Qui donc avait raison, depuis àix jours, de ceux qui croyaient au baume merveilleux de la

par toutes les tribus chaouïas. Ces délégués ont apporté la soumission des Chaouïas et accepté toutes les conditions qui leur étaient imposées ; ils vont retourner dans leurs tribus respectives et reviendront jeudi avec d'autres délégués et les caïds pour faire une soumission générale. »

Les quatre affirmations contenues dans ce communiqué sont toutes inexactes, ainsi que la suite l'a prouvé, et, au moment où paraît ce livre, eUes continuent, de l'être. Je puis affirmer, d'autre part, que cette note n'a pas été expédiée de Casablanca à VA.ge*tce Havas.

Page 1