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LE DÉBARQUEMENT DU « GALILÉE

part des soldats qui les ont assaillis. Ils couchent à terre en même temps tout ce qu'ils rencontrent, et, toujours précédés par renseigne Ballande, dont la voix ne se fatigue pas de les animer, guidés par M. Zagury,, dont cette tragédie imprévue n'amollit pas le courage, accompagnés par M. Berti, soutenus à l'arrière par le docteur Brunet et M. Luret, ils s'engagent sur le chemin du consulat. Dès ce moment, par le massacre et la dispersion des soldats du port, ils s'étaient débarrassés du poste le plus nombreux, avaient écarté la résistance la plus sérieuse, et fait le vide derrière eux.

*De la marine au consulat, il y a, je les ai mesurés, 250 mètres et quatre tournants à angles droits. Les rues qui y conduisent sont extrêmement étroites, comme dans toutes les villes arabes. Ces rues n'étaient pas, ainsi qu'oi\ l'a dit, garnies de conjurés en embuscade, car, avec leur étroitesse, leurs tournants brusques, des sacs de céréales qui y sont en tas et dont chacun eût pu être un. abri, il ne serait pas, hélas ! arrivé au consulat un seul des nôtres. Il faut, pour dire ou écrire le contraire, spéculer sur l'ignorance où l'on est de la disposition des lieux.

Ne cessons pas d'avoir présentes à l'esprit ces indications précises et littérales : 250 mètres, quatre angles droits^ rues étroites de ville orientale. Mais, sur le chemin, se trou-

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valent deux postes de soldats, placés ou renforcés dans les jours précédents par Mouley pour maintenir la sécurité de la ville : Tun, chez un riche négociant anglais, M. Lamb; l'autre, à la prison. Entendant des détonations et des cris, ces soldats, à leur tour, chargent leurs fusils, et, au petit bonheur, tirent sur nos hommes. Avant d'être soldats, ils sont Marocains. Ils nous détestent. Aucun d'eux, pris isolément, n'eût osé se mesurer à l'un des. nôtres ; mais que quelqu'un se lève devant eux, que parte un coup de feu, c'est le signal, et aussitôt tout l'Islam endormi au fond de leurs obscures consciences se réveille et se dresse contre le chien de chrétien. Ce signal venait d'éclater. Il retentissait en des âmes encore agitées par l'explosion des derniers jours, et chez qui n'étaient pas épuisées les réserves de révolte. Une étincelle devait suffire à les enflammer, et voici que, dans ce petit matin, l'étincelle brillait tout à coup î

Voilà pourquoi, le long des 250 mètres qu'ils ont à parcourir, des fusils, plus bruyants que dangereux, éclatent au nez de nos matelots.

Plus d'un Arabe, réveillé par le fracas, a saisi le sien et lâche incontinent son coup dans la partie, au hasard, ^ûn que soit en repos . son fanatisme. Et la contagion gagne de proche eji proche.

La riposte des nôtres est plus prompte encore et plus nourrie. Sous leurs coups précis, les

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soldats et les indigènes ""ombent, et ceux qui échappent fuient devant eux épouvantés. Ils s'enivrent de poudre et de bataille. Ils marchent sur des corps frémissants. Ils se jettent sur tout ce qu'ils rencontrent : des vieillards et des innocents sont les victimes d'une tempête qu'ils n'ont pas déchaînée ; on retrouvera leurs corps le lendemain. Leur chef ne cesse de les encourager et de les exciter. Le second maître Labaste, qui vient de recevoir une balle dans la poitrine, reste à la tète de sa section et continue à entraîner ses hommes. Le moment est tragique et sanglant ^

T. A la Chambre des députés, le 12 novembre 1907, le ministre des affaires étrangères a donné lecture d'un rapport du commandant OUivier, dont voici un passage, d'après le Journal Officiel :

« Les baUes plèuvaient de tous côtés, à l'extérieur et à l'intérieur, du sommet du mur d'enceinte, des fenêtres, des maisons, de tous les coins de rue, d'où surgit une foule de soldats et d'hommes armés barrant les rues.

« C'était le guet-apens organisé ; des centaines de fusils étaient braqués sur les marins, et c'était de vive force qu'il leur fallait se frayer passage, sous peine d'être jetés à la mer et fusillés du haut des remparts.

« Mais l'élan était donné ; électrisés par l'exemple de leur héroïque chef, qui, à dix mètres en avant, s'élançait, l'épée haute dans sa main gauche restée valide, écartant par sa seule approche les misérables que leur nombre ne rassurait pas, les encourageant de la voix, leur faisant exécuter en de courts arrêts, par de brefs commandements, des feux de salve bien dirigés, les hommes du détachement se précipitèrent, semant la route d'une soixantaine de cadavres ennemis, sans laisser en arrière un seul des leurs. {Vifs applaudissements sur un grand nombre de bancs.)

« Cette entrée, qui devait être pacifique après la parole donnée, s'est transformée, par suite de cet infâme guet-apens, en une charge à la baïonnette, marche triomphale dont l'audace a étonné nos ennemis et arraché des applaudissements et des cris

En cet état, on arrive au consulat. ïrentecinq soldats du Maghzen, envoyés par Mouley, campent devant la porte depuis cinq jours.

Ahuris de ce qu'ils entendent, et ne pouvant discerner ce qui se passe, à cause des tournants de la rue, ils écoutent et attendent. Au. moment où la troupe débouche, M. Zagury, qui pressent un drame nouveau, se précipite au-devant d'eux et leur crie en arabe :

— Allez-vous-en ! Allez- vous-en, si vous ne voulez pas mourir !

Peut-être obéiraient-ils à cette adjuration ; mais voici, sans délai, nos matelots qui, de leurs mains frénétiques, continuent de manier des fusils brûlants et s'avancent vers eux. Les soldats rouges prennent peur, ajustent nos hommes, qui se jettent sur eux, en couchent une partie, dispersent les autres, et se trouvent enfin, maîtres du champ, devant la porte du consulat. Ils ont trois blessés : l'enseigne Ballande, le second maître Labaste, le matelot Le Guiché, atteint au bras, amputé aussitôt : heureusement pas un mort. C'est tout.

Le consulat est barricadé. Au bruit de la fusillade, on a pris peur. En hâte, on a traîné à travers le jardin, entassé derrière la porte tout ce qui est tombé sous la main, des pland'admiration aux Français enfermés dans le consulat, où elle vint aboutir. » {Nouveaux applaudissements .)

L'auteur n"a rien i changer au récit qu'il vient de donner des mêmes faits.

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