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extraordinaire, le voici debout. Quand on m'a présenté, il me vserre la main avec effusion, et montre, à travers un sourire épanoui, ses dents, qui sont très blanches. Il ne parle point notre langue, mais je devine qu'il me souhaite une chaleureuse bienvenue. Il reprend sa place et me désigne la mienne. Mon compagnon, qui connaît les habitudes, est déjà installé sur ses talons. Si Allai, devinant ma gaucherie, fait mine d'envoyer quérir une chaise, mais je m'y oppose vivement, et je m'abats à mon tour, jambes croisées, sur un coussin bas, de cuir rouge, qu'il vient de pousser vers moi. A un geste qu'il a fait, un domestique a pris la théière, qu'il rapporte pleine un instant après. Alors Si Allai, ayant aspiré le parfum du thé, en a versé quelques gouttes dans son verre, les a bties, a fait de la tête, des lèvres, de la gorge qui avale, les signes de la satisfaction, a posé ensuite devant moi un verre qu'il a rempli, en a offert un autre à mon ami, s'est servi et a replacé la théière. Par ces opérations successives, le cérémonial marocain est satisfait, et je suis assuré maintenant que la boisson que m'offre Si Allai n'est point empoisonnée. C'est un thé mêlé de feuilles de menthe et aromatisé, et qui est délicieux.
La conversation s'est engagée en arabe, et je n'ai rien d'autre à faire que de regarder Si Allai. Beau type d'aristocrate marocain, vigoureux, élégant, intelligent. Il est vêtu avec
recherche d'étoiFes de laine fine et de soie brodée. La laine blanche de son turban fait un renflement qui montre qu'elle a bien la longueur exigée par les traités de la mode. Il a les mains soignées, une petite moustache, une barbe en pointe bien taillée, des façons distinguées d'enflammer son allumette, de rejeter la boîte, d'aspirer et de renvoyer la fumée, de tendre le cou vers son interlocuteur, comme pour mieux saisir les mots sur sa bouche, d'opiner de la tète, de froncer. les sourcils pour concentrer l'attention, de remuer les lèvres en marque d'assentiment.
Toute Tattitude de Si Allai le montre attentif à charmer, à plaire, à devancer le désir de qui il veut conquérir, et ses yeux brillants, son large front, l'air d'autorité' et d'intelligence de son visage sont les témoins d'un esprit vif et ouvert. Mais si tu ne veux pas que Ton te découvre tout entier, voile tes yeux, Si Allai : ils sont pleins de ruse et d'astuce, et, par une petite fente que tu n'arriveras jamais à boucher, étincellent et pétillent les malices de ton âme. En cet homme cultivé et fin, je vois un des beaux modèles de cette race marocaine, si éduquée et si intelligente dans son aristocratie, si bornée et si sauvage encore dans sa masse.
Ainsi doivent apparaître, à des degrés divers, ces hauts personnages de la cour chérifienne, ces vizirs et ces gens du Maghzen, dont la corruption est cynique, mais dont la subtilité