‹ Les journées de CasablancaChapitre 50 sur 139 · Août · texte numérisé non relu

Août

La faune de Casablanca. — Petites et grosses bêtes. — Concerts nocturnes. — Le bon tirailleur. — Les 50.000 francs du commandant Mangin. — La première offensive. — Une colonne en marche. — Sur la crête. — Salut à la balle. — Le légionnaire facétieux. — La balle de chance et la balle de guigne. — Il y a aussi la balle neutre. — En buvant son café. — Le capitaine K. et le lieutenant Raymond. — Deux poches percées pour une blessure. — Les nuits de Casablanca : fusillades et incendies. — Casablanca sous la lune. — Un marché sous mes fenêtres. — La première Marseillaise, — Mouley-el-Amin demande qu'un croiseur lui ramène ses femmes. — Le Maghzen enchanté. — L'a déconvenue de 60 Marocains. — 2.000 cavaliers pour forcer la ville.

Lundi 19 août.

Les terrifiantes imaginations Am Jardin des supplices d'Octave Mirbeau me semblent jeux d'esprit à côté des réalités diurnes et nocturnes de Casablanca.

La faune de Casablanca est, certes, un des grands phénomènes de la nature. Les mouches, les moustiques, les puces et les chiens de Casablanca sont quelque chose d'exceptionnel et

de raffiné, sans analogue dans l'histoire de rinquisition, et je. vois bien que nul encore n'a aperçu à quelle perfection de cruauté satanique peuvent atteindre ces bêtes médiocres.

Chacun dans sa partie, chiens, moustiques, puces et mouches, innombrables comme le sable de l'Océan, farouches comme une tribu de la Chaouïa, ont une puissante capacité tortionnaire ; mais leur fédération forme un assemblage unique, un fléau monstrueux, sans faiblesse et sans tare.

Il s'exerce continûment, et, comme il a besoin, lui, du repos et du répit qu'il refuse à ses victimes, il s'est partagé entre les jours et les nuits. Le jour, la ville blanche apparaît voilée sous l'extravagant tourbillon de mouches que le sang et la pourriture y ont appelées du fond de l'horizon, et qui s'y reproduisent avec une furie sans pareille. La nuit, le dard des moustiques prend le service, et, en même temps, sitôt que la ville s'endort, retentit à travers les ruelles et les impasses un effroyable charivari. Ce sont mille, dix mille, des myriades de billons de chiens errants, que vous avez vus, dans la journée, paisiblement allongés au bas d'une muraille ou pointant leurs museaux dans les immondices, qui soudain tiennent meeting. L'un a commencé d'un ton plaintif et sombre ; un autre lui répond avec éclat ; une voix sonore intervient à son tour ; et bientôt, des quatre coins de la ville,

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