AOUT
pour servir Tambition d'un téméraire qui eût mérité la pire.
Le capitaine K..., de la légion, est certes un brave officier. Il a montré son courage en de multiples combats. Mais ce n'était pas son tour de marcher hier, et, tandis que ses camarades, ses chefs, son général s'escrimaient sur les crêtes, lui, debout non loin de sa tente, dégustait tranquillement son café, en compagnie d'un médecin major et de quelques officiers. Il était gai et plaisantait. Tout à coup, zzzz..., sa tasse lui échappe des mains, et il fait « oh! » Il vient de recevoir dans le bras une balle perdue." On s'empresse, on le conduit à l'ambulance, on l'examine, on le panSe. Par grand bonheur, l'os n'était pas atteint, et le chirurgien assure que, dans quinze jours, après des soins destinés à réparer un muscle lésé, le capitaine K... ne se souviendra plus de sa blessure. Voilà une bonne balle*.
Le lieutenant Raymond, officier interprète, appartenant à Tétat-major du général Drude, est aussi le plus galant homme et le plus courageux militaire qui soit. Je l'ai vu tout debout, avec son grand corps mince, qui fait cible, en des lieux dangereux, et sa moustache ne tressaillait même pas. Lui non plus n'était pas de service hier, et il se promenait dans le camp, les mains aux poches de son pantalon kaki,
* Le capitaine K... a été promu chef de bataillon.
dans une attitude qui lui est familière. Soudain, il sent à Taîne quelque chose comme un coup de fouet, et, en même temps, il reçoit un choc sur le pied. Il se penche. C'est encore une balle perdue qui, à bout de souffle. Ta frappé, sans même percer son pantalon, et vient de tomber devant lui. . . Il la ramasse et la contemple... Voilà une balle déplorable. Plus vigoureuse, elle pouvait le tuer ou lui faire une blessure affreuse, et le priver peut-être d'une jambe. A demi-morte déjà, elle Va marqué à peine et ne figurera même pas sur son livret, car seules y sont admises les balles qui ont déchiré les chairs et fait couler le sang.
Le lieutenant Raymond a eu de la chance de s'en tirer avec une douleur de quelques jours ; ajoutez deux cents grammes à la force de pénétration de la balle, sa chance était doublée.
Cette journée fut, du reste, celle des b3,lles cocasses. Une autre, malheureusement moins bénigne, s'est encore signalée, dans le camp même, par son humeur farce. Elle entre dans la poche du pantalon de l'ordonnance du général, qui rêvait devant la tente, puis en sort, sans le toucher, en perçant la toile du pantalon à l'endroit des boutonnières. L'homme avait senti contre sa cuisse un glissement rapide, et il se demandait ce qui venait de se passer dans son pantalon, quand soudain un cri retentit à côté de lui. La même balle, qui décidément affectionnait les poches, venait de péné-