AOUT
uns, tout jeunes, n'ont pas de barbe ; les autres ont de vastes barbes triomphales au milieu du visage ; il y. en a un qui est tout gris ; un caïd, parmi eux, porte la croix de la Légion d'honneur. Leurs burnous flottent à Tair, multicolores. Sur leur dos, est noué l'immense chapeau de paille pointu, large et profond comme une tente, dont ils se couvrent pour se protéger du soleil. Il y en a qui ont de fines bottes de cuir rouge ; il y en a qui n'ont que des babouches ; j'en observe un qui est pieds nus et qui tout de même a, sur sa chair ^ fixé ses éperons.
A leur tête, on a placé l'un des officiers les plus estimés de l'armée d'Afrique, bien qu'il en soit Tun des plus jeunes, le capitaine Berriau. On vante à la fois ses qualités tactiques, son sang-froid et son esprit de décision dans le combat, en même temps la dextérité de son intelligence et un sens diplomatique, si je puis dire, qui est, dans le monde arabe, le complément nécessaire des vertus d'un chef. C'est le capitaine Berriau qui a organisé les Beni-Ounif de Figuig, où il se trouvait au moment de la déplorable surprise de 1903, et qui sut alors prendre sur-le-champ des mesures si heureuses, qu'il suffit au général Lyautey, survenant ensuite, de les continuer en leur donnant leurs conséquences.
Il a pour seconds deux lieutenants intrépides, M. Rousseau et M. Holtz^ celui-ci,, à vingt-six
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ans, décoré pour action d'éclat. A eux trois, ils constituent tout le cadre européen du goum ; au-dessous d eux, des sous-officiers pris parmi leurs hommes, et même, je crois bien, élus par eux, assurent la cohésion et la discipline du groupe. Nul ne doute que cette troupe, à coup sûr vaillante, et propre au combat contre des adversaires dont elle connaît les tours, fasse bientôt parler d'elle.
Dimanche 25 août.
Chaude mousquet erie cette nuit. On tire à Touest, où le refus des Espagnols de camper hors des murs laisse sans couverture cette partie des remparts. Le camp aussi reçoit du plomb : on nous a tué deux hommes aux avant-postes. Ah ! des compagnons en verve peuvent bien entonner le soir dans les rues la Marseillaise ! Non loin d'ici, le bon tirailleur et le brave légionnaire ont d'autres soucis que de chanter à Tunisson : il faut surveiller les frémissements du lentisque dans la nuit.
Une heure de Taprès-midi, et pas de coups de canon ? Bizarre. Ce silence cache un mystère. L amiral Philibert, en ne faisant pas donner aujourd'hui son artillerie à Theuredite, sait-il quHl trouble des habitudes prises, qu'il intrigue, inquiète, alarme des citoyens épris de calme et de régularité après le frisson des