AOUT
sombres tragédies, qu'il risque de semer parmi eux la panique, bref qu'il perturbe la cité que ses bateaux ont mission de pacifier ?
Chaque jour, depuis trois semaines bientôt, quand approche une heure, le terrible ronflement des grosses pièces de la Gloire fait trembler les vitres et arrête la fourchette au bord des lèvres. Alors on se lève de table, on saisit les jumelles, on se précipite sur les terrasses, et Ton regarde dans le lointain la chevauchée des cavaliers. Les obus de la Gloire se sitccèdent à intervalles quasi rythmiques, et les miradors entendent de beaux cris de triomphe, lorsque apparaît, dans le champ des lunettes, le ventre ouvert de quelque cheval ou un cavalier qui plonge dans la poussière de Tobus. Puis on revient à table, et, au café, en digérant, on reprend, au fracas de la canonnade qui n'a pas cessé, l'inspection des champs lointains, où maintenant, fourmis blanches, se meuvent avec agilité nos petits fantassins.
Voilà qui était convenu, réglé, certain, considéré comme l'un des éléments nécessaires de la vie de Casablanca. Mais aujourd'hui, ce silence !...
Un convive a regardé sa montre, une fois, deux fois... Peut-être s'est-elle dérangée ?
— Quelle heure avez-vous ? fait-il à son voisin .
Silence. Enfin quelqu'un risque le mot :
— On n'entend pas la Gloire, aujourd'hui ?
On n'entend pas \di Gloire!... Mystère, énigme. Gloses sans nombre. Il y a, dans la Chaouïa, des Marocains cependant ! Est-on ici pour les combattre et les supprimer, oui ou non?... Nos soldats sont-ils venus pour civiliser le Maroc, voyons?... Si la Gloire ne tire pas, c'est donc qu'elle ne voit pas l'ennemi?... Mais alors, c'est très grave... Peut-être n'y en a-t-il pas ? Non, non, impossible hypothèse^
Dès que le déjeuner est achevé, les jumelles, sur les terrasses, fouillent l'horizon. Alors on constate que ne se montre nul cavalier sur les crêtes et que nos soldats, dans leur camp, étalés sur le dos, goûtent les délices de la sieste, La Chaouïa en délectation s'amollit dans le repos hebdomadaire. . -
En revenant du bain, nous *nous sommes attardés autour de la locomotive. C'est la locomotive historique qui, le 30 juillet, fut l'une des victimes des assaillants, et qui est restée là, hors des rails, brisée et à demi renversée.
Ce n'est rien que des énergumènes s'acharnent après une machine de fer. Mais la destruction de celle-ci est un ouvrage tout à fait distingué et rare. C'est un chef-d'œuvre que d'atteindre, dans une entreprise quelconque, à l'absolue perfection. Ces Mediouna donnent