‹ Les journées de CasablancaChapitre 68 sur 139 · AOU I · texte numérisé non relu

AOU I

sa longue moustache de guerrier klephte, le général Drude fait :

— Des officiers de Paris? Je n'en veux pas.

Ils sont trop bien habillés.

Depuis quelques jours, le consul de France et le capitaine Huot poursuivaient une grande œuvre. Il s'agissait, par des moyens subtils, de circonvenir certaines tribus, ou, dans les tribus, certaines fractions, de les gagner à notre cause, et, par le moyen de ces alliés, de dissocier les contingents ennemis. Forte pensée, vieille comme le monde, et qui, de tout temps, nous permit d'user contre les Arabes d'une arme empoisonnée, mais efficace.

Hélas! les gens de la Chaouïa sont, jusqu'à ce jour, rebelles à nos raisons de bons compères. Et d'ailleurs qu'espérer ici de notre vieux truc? On trouvera demain, tant qu'on en voudra, trois galvaudeux qui, moyennant salaire, jureront d'amener à nos pieds la Chaouïa repentante. On n'en trouvera point qui soient des personnages pourvus d'autorité, car il n'y en a pas. Je commence à voir un peu clair dans le mystère marocain, et je me demande souvent à quoi songent des hommes, beaucoup plus anciens que moi dans la vie de ce peuple, qui devraient le connaître, et que je vois pourtant, face à face avec lui, se conduire en enfants.

Comprenons donc ceci : que ce pays est en pleine et totale anarchie, que ce mot ici doit être pris dans son sens précis et originel, et non pas à la, façon des politiciens de salon qui, fumant de bons cigares et bien en sécurité dans leur demeure, stigmatisent sans péril la République ; que les tribus contre lesquelles nos soldats se battent n'ont point de chefs, ne reconnaissent aucun pouvoir, ni religieux ni politique, qu'il y paraît du reste, par bonheur pour nos armes, à Tincohérence de leur action militaire, qu'elles n'ont d'autre occupation que de se déchirer entre elles, et que, par conséquent, c'est chimère d'y chercher un homme, un groupe d'hommes, une famille, quelques ndividus que ce soient, qui y disposent d'une influence.

Un peu moins de discours et plus d'action, voilà ce qui convient.

Lundi 26 août.

Après le dîner, comme il fait nuit noire, je propose d'aller voir ce qui se passe du côté de la nouvelle enceinte. C'est de là que, chaque nuit, nous viennent des alertes. C'est dans cette partie des murs, voisine de la mer et fort éloignée du camp français, que, tous les soirs, des pillards essayent de surprendre . la surveillance de nos postes et d'entrer en ville pour y grappiller quelques reliefs. Vingt fois

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