AOUT 24Î
dans une belle allégresse, un grand massacre des assaillants . On le sent vigoureux et brave, et qui ferait volontiers la guerre en dentelles, pour la joie de se battre et la volupté de se jeter vivant en défi à la mort. Né deux siècles trop- tard, en des temps médiocres aux guerriers, il suit du moins l'appel de son tempérament d'aventure, et il sert, à sa place, parmi ces braves tirailleurs plus souvent occupés sur la ligne de feu qu'à la maussade besogne des casernes.
Mais, tandis qu'il parle d'une voix retenue, un sergent survient en hâte :
— Là, mon lieutenant, tu l'entends pas quelque chose dans li pierre?
Agile et souple, l'officier s'élance, le revolver haut. Il longe la muraille dans la direction de la mer. Et nous, de nouveau, sentons le .petit frisson. Des bruits, en effet, parviennent à nos oreilles. Et, sans aucun doute, il y a là, dans Tombre, des formes qui se balancent avec précaution. Ah! cette fois nous l'avons, l'attaque marocaine !... Mais non. Fausse alerte. Ce sont nos dix tirailleurs de tout à l'heure qui se replient, après avoir décrit un vaste arc de cercle. Ils n'ont rien vu.
— Allons! fait le lieutenant, décidément, nous n'aurons rien, pour le moment du moins*
Nous repassons les murs avec les tirailleurs, qui laissent un des leurs en faction. Ils posent leurs fusils, s'allongent sur la terre poiir dor-
mir. Le jeune lieutenant tire sa pipe, et, la bourrant, continue, tout à son regret :
— Ah! t'est dommage que ça n'ait rien donné !