‹ Les journées de CasablancaChapitre 72 sur 139 · AOUT · texte numérisé non relu

AOUT

Propos nocturnes du lieutenant au haïck d« soie. — OflBciers d^ Afrique. — Tirailleurs et légionnaires. — La grande audace du général Picquart. , — Le zèle d'un consul lui attire des ennuis. — Cadavres de chevaux. -*- Les goumiers débutent. — Le combat du 28. — Dans le carré. — Le commandant Provost recule trois fois. — Le général accourt au canon. — Bravoure des Marocains. — Conversation de table. — Casablanca vue des crêtes. — A Tambulance. — Une invention du docteur Zumbiehl. — Le panka et le frère du Caïd. — Un chien garde des ruines. — Colonne Morris. — On envoie des renforts. — Le général et le correspondant. — Les Espagnols établissent un camp.

Mardi 7 août. -

Tirant de longues bouffées de sa pipe de bois, et la tête enveloppée de son haïck de soie blanche, que retient le bonnet de police, le lieutenant de la porte de Sough-ed-Djedid, si chagrin de ti'avoir pu nous offrir hier soir le ragoût d'un beau massacre de Marocains, nous vantait, en langage choisi, en nous accompagnant jusqu'aux confins de son domaine, les joies ardentes de la vie coloniale.

Pour lui et pour ceux de son tempérament, nul autre bien, c'est sûr, ne balance le vertige de l'espace libre, où Ton se meut sans contrainte, et rien d'autre que l'action ne vaut la peine de vivre. Il sert dans le Sud oranais. Il s'enivre des vastes randonnées, où l'on s'élance à travers les plaines hostiles, où l'on foule des champs que nul pied européen n'a encore traversés, où, chaque soir, on déploie sa tente sous une étoile différente, où l'on ne marche, où l'on ne mange, où l'on ne dort que l'oreille au guet et le revolver près de la main>,

— Voilà, fait-il avec une énergie enjouée, qui forme les tempéraments et mûrit les esprits! Pour dresser un homme, l'habituer à l'usage de son intelligence et lui donner conscience de ses forces, rien de tel que la liberté et la responsabilité. Il y a des capitaines qui, dans l'extrême Sud, restent des semaines sans voir un chef, sans recevoir de communications de qui que ce soit. Ils ont, pour se diriger, des instructions générales ; mais il n'est pas d'instant où ils n'aient à prendre des initiatives et à engager leur responsabilité. Que je sois donc bientôt de ceux-là, et je n'en demande provisoirement pas davantage. Assagis par la solitude et la réflexion, ils se développent nécessairement par l'usage de la liberté... Voilà des hommes. Aussi regardez ici, autour de vous. Vous n'y trouverez que des coloniaux : pas un officier de France. Mêlez-vous à eux. Si celui-

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