‹ Les journées de CasablancaChapitre 79 sur 139 · AOUT · texte numérisé non relu

AOUT

monsieur^ où on ne fusille un de ces bandits. Et vous voyez à quoi ça sert !

Un commerçant de passage, qui vient pour faire des affaires. — Vraiment, tous les jours ?

Le Français. — Ah ! là là ! plutôt deux fois qu'une!... Et puis, ce n'est pas encore assez !

Le journaliste, souriant. — Vous exagérez. A ma connaissance, il y a eu exactement, depuis le 7 août, douze exécutions.

Douze, croyez-moi.

Silence général.

Un monsieur, qui vient de Paris. — Et elles ne sont pas publiques, je parie? Ni même publiées ?

Le premier Français. — Ça, jamais.

Le monsieur, supérieur. — Ah ! voilà bien l'administration française ! Voilà bien nos Français! De la sensiblerie, des égards, et toutes les sornettes humanitaires ! . . . Des égards avec la GhaoUïa!... C'est à se demander où nous allons ! A quoi bon, voyons, exécuter des piHards, si les autres l'ignorent ? Ce qui serait intelligent et vraiment profitable, ce serait au contraire de faire ça en plein jour, au grand Soko, sous le soleil, d'en avertir toute la population, et de la forcer, oui, de la forcer à y assister. Après ça, vous m'en diriez des nouvelles, du pillage-î...

Le commerçant de passage. — Nous serons toujours les mêmes !

Le monsieur supérieur. — Oui, jobards, jobards et rejobards ! La risée du monde.

Monsieur ! . . . Eh bien, quand on ne sait pas faire la guerre, on ne s'en mêle pas, voilà!...

La conversation continue.

Nota. — Depuis vingt-deux jours, l'autorité française commande à Casablanca : pas une exécution n'a eu lieu, ni au camp ni ailleurs, ni x^our pillage ni pour quelque autre crime. Mais il faut bien causer.

Tout à riieure, arrêté à côté des spahis en grand'garde sur la première crête, je me^suis retourné vers la ville. En vérité, j'ai été injuste pour Casablanca. J'ai eu tort de la regarder avec des yeux encore pleins d'images sanglantes, alors que nous y marchions sur de la pourriture. Si plate et maussade, quand on l'aborde par la mer, vue du belvédère où je me trouve, elle a des langueurs d'amoureuse et flamboie sous le soleil, qui, pour sa fin prochaine, rassemble déjà ses voiles pourpres.

Dans le bas du vallon, cette lisière qui grouille, c'est le camp, et, derrière son fourmillement, s'allonge et s'étire la molle Casablanca. Des jardins verts, qui sont ses marches.

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