‹ Les journées de CasablancaChapitre 80 sur 139 · AOUT · texte numérisé non relu

AOUT

tîennetit ses approches, et lui font une couronne de grâce odorante. Elle, penchée au bord de la mer, tend vers le ciel, ainsi qu'autant de coupes, ses terrasses inégales, et, comme, vers son extrémité occidentale, un léger renflement du sol rompt la monotonie de sa ligne, on dirait d'une femme étendue dont se soulève la poitrine.

La muraille qui Tenserre et Tenchâsse, basse, trapue et sombre, par endroits crénelée, ne contrarie nulle part l'harmonie des courbes, et, du côté de Bab-es-Souk, elle rehausse au contraire la grâce de la ville, comme une bague pare une main ou comme une ceinture accuse une taille souple. La plupart de ses maisons sont blanches; mais quelques-unes sont bleues, ou roses, et il en est que les Espagnols ont peintes en jaune d'ocre. Baignées dans la grande lumière qui s'étale sur tout l'espace visible, enrichies de l'azur du firmament et des ors rutilants du soleil, elles prennent une vie ardente, et font, dans le jour qui va finir, une symphonie de couleurs éclatantes et simples.

Casablanca est gaie. A l'air libre qui vient du large, flottent, au sommet de longs mâts, vingt pavillpns qui sont ceux des consulats.

Cette mode ici est récente, qui pousse chaque consul à planter sur sa terrasse, en signe de ralliement, le drapeau de son pays. Par ce déploiement orgueilleux, on se flatte de conférer aux Marocains quelque idée de la puissance

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des nations de TEurope. Nous n'avons fait nul progrès depuis cette image d'Epinal, où Ton voit un civilisé magnifique penché sur un sauvage qui mange de la terre, et nous nous imaginons que le flottement d'une percale jaune, ou noire, ou rouge, ou bleue, ou verte ou blanche, à l'extrémité d'un mât, est encore capable d'émouvoir des gens qui écoutent le phonographe sans surprise et sans curiosité.

Ces oriflammes tendues par la brise me font bien plutôt penser à ces bravés qui, traversant la nuit un bois épais, chantent et sifflent pour se donner du courage.

Mais dans cette Casablanca, ne considérons qu'un décor. A celui qui, de cet observatoire, nous est offert et déroule jusqu'à nous les nappes de ses grâces langoureuses, ne refusons point l'agrément de notre goût. Cet Orient est en vérité un grand fabricateur de magie. Des murs blancs dans une verte campagne, une terrasse rose sous un ciel métallique, une oriflamme que caresse une brise tinlîde, c'en est assez pour que le soleil étende sur l'horizon un tableau de féerie. L'océan tumultueux et glauque et dix vaisseaux immobiles parent celui-ci d'une majesté prestigieuse.

Il est encore un coin de Casablanca que j'aime au soleil couchant. C'est celui que Ton aperçoit de la plage de sable qui continue à Test le rivage de rochers. La blanche calotte du marabout de Sidi bel Yout, patron de la

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