AOUT
ville, se profile sur un décor de terrasses ; une vénérable muraille grise prolonge jusqu'à la Marine son front débonnaire : une porte antique s'ouvre sur 4^s chantiers déserts; les cintres bas de pierres tonibales, dressées sur le sol, annoncent que dorment ici des cadavres de fils de Vlsl^ni ; è^ gauche, des lentisques mélancoliques dissimulent des constructions neuves ; et, surgissant du marabout, un palmier solitaire, désespéré de sa solitude, incline avec désespoir, au-dessus de la coupole blanche, une tête hérissée et maigre...
Vendredi 30 août.
Premier anniversaire des massacres. Il y a un <mois, neuf Européens étaient assassinés le long de la voie ferrée.
A l'heure même où se développait le drame du 30 juillet, je suis aujourd'hui, à l'ambulance militaire, Thôte du docteur Zumbiehl et du docteur Poulain. Cette maison est celle d'un ancien gouverneur. Les malades reposent dans des chambres où se tint le gynécée, peut-être. Au-dessus de la table où nous sommes assis, au centre d'un patio, sub Jovfjf un primitif panka, tie l'invention de l'ingénieux docteur Zumbiehl, tracasse les mouches, et, accroupi à l'écart, le propre fils ou le frère du caïd qui posséda le logis tire rythmiquement la ficelle qui le fait mou-
voir... Il y a, depuis un mois, quelque chose de changé à Casablanca.
Cependant, je traverse vers le soir cet affreux quartier de Marrakech, dont il ne reste plus que des murs bas, noircis par la flamme. Sur un seuil de pierre, parmi les décombres, dans les débris de poteries et de casseroles tordues, un chien jaune est tristement allongé, le menton aux pattes. Si je l'appelle doucement, si je me précipite et le menace, son œil morne cligne et ses oreilles s'agitent, mais il ne se laisse ni gagner ni intimider, et ne bouge pas. Les maîtres sont morts, ou en fuite, ou asservis dans les tribus ; la bête fidèle garde sa maison brûlée. Mon amant a perdu à la guerre la moitié de son visage, et ses yeux éteints ne peuvent plus voir mes sourires ; et qu'importe, puisqu'il est mon amant ! dit une chanson grecque.
Un jeune élève vice-consul, d'ailleurs fort sympathique, est venu renforcer le personnel débordé du consulat. Il arrive de Paris. Son poste nouveau l'enchante, mais un regret le tourmente cependant, celui d'être à présent si loin de l'Opéra et de la Comédie-Française, qui sont ses théâtfes d'élection. Pour ne pas perdre avec eux tout contact, il en suit, avec un intérêt passionné, leî> pro-