‹ Les journées de CasablancaChapitre 82 sur 139 · Ï AOUT · texte numérisé non relu

Ï AOUT

grammes, et Ton se fait un jeu de Tinterpeller à Timproviste : « Qu'est-ce qu'on joue ce soir?» Sans hésiter^il répond avec entrain: « Ariane, V Enigme. » Il a aussi des lueurs sur ce qui se passe au Vaudeville, aux Variétés ou à TOdéon ; mais la foi n'y est pas.

Samedi 31 août.

Une dépêche de Paris nous apprend ce matin que le conseil des ministres a décidé d'envoyer à Casablanca deux bataillons d'infanterie de renfort. Enfin!

Depuis trois semaines, il est évident pour tous ici que nos effectifs sont insuffisants à accomplir la tâche qu'on leur a remise.

Depuis trois semaines, le général Drude ne se gène guère pour constater tout haut cette évidence, et, du reste, à défaut d'aveu de sa part, la circonsf)ection de ses mouvements, à elle seule, l'accuserait. Cependant, les journaux nous apportent chaque jour le récit de délibérations ministérielles ou des communiqués gouvernementaux, où il est dit, répété et confirmé que le général Drude n'a pas besoin d'hommes, qu'il n'en a pas demandé, qu'il n'est pas question de lui en envoyer.

C'est à n'y rien comprendre. lixplication trop sommaire, d'accuser de mensonge les

ministres, et j'y répugne S J'ai gardé dans la mémoire la courte scène que voici. Il y a quelques jours, je causais avec le général dans la cour du consulat. Le correspondant d'un journal ^e Paris, survenaqt, tend au général son journal, qui venait d'arriver, et, lui désignant un article, le prie de le lire. C'était un entrefilet, d'allure officieuse, où il était affirmé, .en termes péremptoires, que, le général Drude n'ayant pas demandé de renforts, on ne songeait point à lui eq envoyer, et que toutes les informations contraires de « certains journaux » étaient inexactes. « Certains journaux» désignait, en la circonstance, le Figaro^ où, depuis près de trois semaines, sûr de mon fait, j'affirme la nécessité de renforts.

Le général lit, et, sans ajouter un mot, rend ensuite le journal au correspondant. Mais celui-ci, qui avait son idée, fait s

— Est-ce exact, iiion général? /

— Parbleu, parbleu ! grommelle le général, en riant dans sa grosse moustache. Evidemment c'est exact, évidemment.

Puis il prend congé précipitamment, et s'en va. Je l'accompagne quelques pas, ne soufflant mot, très amusé de cette petite aventure ; et lui, tout à coup, entre ses dents, et se tournant vers moi :

* Le général Drude, qui, ayant besoin de troupes, voulait se les faire offrir, sans les demander lui-même, ne répétait pas à Paris ce qu'il disait à Casablanca, voilà lexplication. — N. de TA.

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