IO SEPTEMBRE
enfant. Les fines étoffes qui l'enveloppaient, leur blancheur, ses babouches brodées. annonçaient une personne d'un rang élevé- On n'apercevait d'elle que deux yeux noirs, des yeux admirables et profonds, prolongés par le kohl jusqu'aux tempes, ombrés de longs cils, des yeux jeunes, amusés et curieux, qui, dans une étroite fente des étoffes accumulées, se posaient tout alentour avec ingénuité. Derrière elle, sur une autre monture, un arabe, serrant contre lui un second enfant, suivait l'inconnue aux yeux luisants, et, m je me suis souvenu de la rencontre de ce couple, c'est moins à cause de l'énigme de ces yeux d'amour que pour Tétrangeté de cet arabe. Il portait une barbe blonde bien taillée et séparée au milieu, et un lorgnon d'or chaussait son nez. Il regardait à droite et à gauche, attentif et agité, évidemment inquiet de tous les regards qui se détournaient au passage de sa femme. Cette jalousie soupçonneuse est bien d'un arabe.
Mais ce teint pâle, cette barbe d'or, ce lorgnon que retient un fil noir?... Eh ! bien, sachez-le, cet arabe est un faux arabe.
Un Français, à qui sa trop susceptible patrie rendit inhospitalier, pour des peccadilles, le sol natal, s'est, depuis des années, réfugié au Maroc. Le vieil homme, pareil au docteur Faust, y a jeté aux flammes du passé sa défroque ancienne, et il a décidé de se refaire une âme et une existence neuves. Il s'ha-
bille à l'arabe, vit^en arabe, aime en arabe, et cette femme est sienne, car il Ta achetée. Heureux époux, qu'enrichit l'amour de deux enfants, et que berce une existence quiète, dépourvue des agitations de nos villes trop pressées et trop susceptibles! Mais quelle catastrofrtie, si, dans les jours où Casablanca fut aux mains des sauvages, quelque Médiouna sans délicatesse eût croisé sur sa route, derrière le lorgnon d or, les yeux noirs.
Dimancbe 8 septembre.
La, nuit, au camp, un tirailleur s'eât levé sans bruit. Il a pris son fusil, l'a chargé, a appuyé le canon contre son ventre, puis a pressé la détente, et il est mort.
Gros émoi. Qu'est-ce?... Le mal du pays?...
L'ennui ? Le désespoir de combattre des frères de race?...
Rien.de tout cela. Une affaire de mœurs, voilà tout...
Lundi 9 septembre.
Une aventure comique et déplorable est celle de M. Mesguich, artiste du cinématographe .
Le soir de son arrivée, M. iViesguich, qui maugréait à notre table, disait :