‹ Les journées de CasablancaChapitre 89 sur 139 · IO SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

IO SEPTEMBRE

— Je suis venu à Casablanca. Mais je ne vais pas m'exposer à des risques. Ce n'est pas mon métier de faire la guerre. J'ai une femme et des enfants, à qui je me dois.

Chacun applaudit à la sagesse de ce langage.

Mais M. Mesguich est un homme distrait, et sa distraction faillit, à son insu, faire de lui un héros.

Aidé d'un juif et suivi d'un bourricot qui portait son lourd appareil, il parvint, l'autre aprèsmidi , en un lieu qui lui sembla propice à dérouler ses bandes. Et déployant les branches de son trépied, y vissant sa lourde boîte, M. Mesguich se livrait en paix à de minutieuses mises au point, lorsqu'un cavalier qui l'accompagnait, et qui s'était un peu éloigné, revint vers lui au galop en criant : « Filez ! Filez vite ! »

— Quoi, quoi? faisait le candide photographe.

— Mais vous ne voyez donc pas ?

L'infanterie qui le flanquait tout à l'heure

avait disparu pour allar prendre une autre position. La cavalerie avait changé d'objectif. De la gauche, accourait maintenant à toute allure un gros de Marocains, qui, selon leur tactique, essayaient de nous tourner, et, en nous tournant, allaient isoler le confiant opérateur, seul à présent sur une crête déserte, éloigné de sept ou huit cents mètres de l'artillerie...

Il lança dans l'espace un foudroyant juron, et, ramassant appareil et trépied, sans prendre le temps de les démonter, il les jeta sur son épaule et se précipita • vers Tartillerie, tandis que son jeune juif fuyait de toutes ses jambes et que le placide bourricot raclait la terre de sa langue.

M. Mesguich gagna à temps son refuge, et il en fut quitte p.our l'émotion. Mais, le soir, il eut une attaque de dysenterie qui le tint trois jours. Et cette petite anecdote pourrait s'intituler : Aventure du héros sans le savoir. Racontée par M. Mesguich, qui a le sens de la narration, elle est irrésistible.

De bonne heure, ce matin, je suis allé au camp. Le général, mal remis encore d'un accès de fièvre coloniale, est de mauvaise humeur, et c'est la première fois qUe je le trouve en cet état :

— J'en ai assez, fait-il sans préambule, de toutes ces « histoires » que je sens rôder autour de moi!... Voilà maintenant qu'o/z veut me dicter ma conduite ! . . . On veut me forcer à aller à Taddert, et tout de suite!... On exige que je fasse ceci, ou cela! Et on va jusqu'à circonvenir mes officiers, dans mon entourage!... Oui, ce matin, un de mes officiers d'ordonnance vient me trouver et me dit qu'il

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