‹ Les journées de CasablancaChapitre 90 sur 139 · IO SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

IO SEPTEMBRE

faut aller à Taddert!... Ah! non! Je n'aime pas ça !.. Ah! je le sentais bien, depuis quelque temps, leur petit complot ! . , . Mais non, non, ça ne réussira pas. Qui commande ici? Hein?... Qui a la responsabilité?... Eux, ou moi? Sur qui tombera-t-on, si je m'aventure et rate mon affaire?.. . Sur eux ou sur moi? C'est encore eux, vous le verriez, qui seraient les plus sévères à m'accuser ! ... Je prétends n'agir qu'à ma guise, à mon heure, et selon mon gré. Et quand j'ai quelque chose là, vous savez, ça y est. Il suffit qu'on veuille me forcer la main pour que je ne marche pas... Je n'ai pas seulement en mains la responsabilité de mes soldats, dont je ne ferai pas tuer un seul à Taventure, je tiens aussi le sort du ministère, ah! . . . Eh bien, je serai loyal, et je ne mettrai pas dans l'embarras des gens qui ont eu confiance en moi. . . »

Le général continue ainsi longtemps. Il ajoute qu'il n'a pas encore autant de monde qu'on le croit, que les deux bataillons de renfort qu'on lui a expédiés n'avaient chacun que 600 hommes au lieu de 800, qu'en somme il ne dispose au total que de 4.200 fusils, et qu'il ne peut pas en emmener dans une sortie plus de 1.800. Et il conclut :

— C'est pour toutes ces raisons que Taddert, Taddert.., eh bien, ça ne me dit rien.

J'ai beaucoup aimé ce langage de chef prudent et fier, et je me suis permis de le dire au général..

2q8 les journées de CASABLANCA

Cet homme est, en vérité, fabriqué d'acier.

Il ne s'est pas encore couché dans un lit, il ne s'est pas déshabillé une seule fois la nuit, depuis qu'il est ici. Il s'étend, chaque soir, sur un lit de camp, tout vêtu, et jette seulement sur lui une couverture. On apporte devant moi un lit que lui envoie le docteur de Rothschild : c'est le premier qui entre dans sa tente. Il y a dix-sept jours qu'il n'a enlevé ses bottes que pour les soins de sa toilette. Ajoutez qu'il dort à peine. C'est un miracle qu'il soit encore debout.

Mardi lo septembre.

Le capitaine de frégate Lesquivit, qui sert à bord de la Gloire^ est un homme doux, bienveillant et taciturne, et qui lave avec distinction de lumineuses aquarelles. Il est à terre depuis un mois ; il y occupe le poste de commandant de la ville, et il semble que ce ne soit point là une sinécure. Mais ces fonctions sont nominales. Il en fut pourvu au moment de l'arrivée du commandant espagnol Santa- Olalla, plus ancien de grade que le commandant Mangin, et, pour prévenir chez M. Santa- Olalla l'envie de revendiquer cette ancienneté, le général Drude pria l'amiral Philibert de détacher à terre un officier de grade supérieur, qui, prenant le titre, éviterait ainsi les compétitions. Il fallait un homme de tact et de mesure, qui ne fût point poussé par le besoin

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