SEPTEMBRE
n'y attache nulle importance et serait désolé que se frappât celui à qui il s'adresse. Des marins, qui font la cuisine, manquent un jour toute la suite du menu; quand on arrive, pour finir, à un plat d'aubergines, dont le maître-coq, ignorant de ce légume, a extrait la chair pour la remplacer par de la farce, soigneusement roulée dans la peau violette, le commandant Lesquivit, par exception, éclate, et il fait doucement : « Ce n'est pas mangeable ». Son ordonnance, qui sert à table, esquissant une défense de ses camarades, il riposte avec accommodement :
« Tu goûteras, tu verras bien », du ton dont vous répondriez à un convive qui ne serait pas d'accord avec vous sur la qualité d'un mets.
Un autre soir, on se querelle si fort à la cuisine, que le bruit couvre les conversations de la salle à manger. Les convives protestant, lé commandant prie son ordonnance d'aller réclamer le silence. Cette requête est comme un signal, et les éclats redoublent. Le commandant n'en a cure, et, déjà replié sur soimême, il songe. Mais la chose est à ce point comique, que quelqu'un, en riant, s'exclame :
— Eh! bien, ils ont bien Tair, vos matelots, de s'inquiéter de ce qu'on leur dit!...
Alors le commandant, levant doucement les épaules, fait avec bonhomie :
— Que voulez-vous? Ils sont comme ça dans la marine!...
Le consul, M. Malpertuy, a fait ces jours-ci un progrès nouveau dans la reconquête de son domicile. Réinstallé, il avait repris ses aises, et redonné à son cabinet de travail et à sa salle à manger leur aspect ancien. Ressaisi par ses chères habitudes, il était un homme heureux, mais il n'était que la moitié d'un homme heureux. Bien que son urbanité n'en dît rien, quelque chose Tincommodait encore dans ce logis, qui n'était sien qu'en partie : la présence des matelots signaleurs de M. Le Vay.
Depuis le 2 ou le 3 août, le mirador du consulat était transformé en poste de signaux. Du matin au soir, un timonier, tourné tantôt vers la Gloire^ tantôt vers le camp, y agitait de grands bras allongés de petits drapeaux, car c'est ici que se faisait la liaison entre le général et l'amiral.
Matelots, timoniers et signaleurs ont fui, et M. Malpertuy respire. Le consulat est redevenu une maison propre, ordonnée et de bonne tenue, où triomphe la règle. On a gratté les traces de bougie, et un digne silence enveloppe le logis. Les commodités du service ont fait penser en effet que le poste de signaux serait mieux placé à la lisière du camp^.en une maison abandonnée qui ressemble à une tour