‹ Les jours d'epreuve 18701871Chapitre 8 sur 23 · DANS LA GUERRE DE · texte numérisé non relu

DANS LA GUERRE DE

Je voudrais revenir d’une manière spéciale à la fois et sommaire sur la question de l’origine delà guerre de 1870. La prétention la plus insupportable de nos vainqueurs, c’est de mettre de leur côté toute la justice, le droit tout entier, l’élément moral, en un mot, dont il faut tenir un si grand compte dans les guerres modernes, au point de vue du jugement définitif de l’histoire.

Or, sur cette question si grave des responsabilités, il m’a semblé que les hommes qui ont représenté la France et son gouvernement depuis le 4 septembre jusqu’au moment où j’écris*, se sont montrés de trop facile composition avec nos ennemis. J’ai trop souffert, pour ma part, de ces con-

t. Décembre 1870.

cessions inutiles et médiocrement patriotiques, pour ne pas tenir à honneur d’élever contre elles une protestation très-nette qui n’aura de valeur, je le sais, que dans la mesure où elle représentera la vérité.

Un dissentiment grave s’est élevé, dès l’entrevue de Ferrières, entre M. Jules Favre et beaucoup de bons esprits. Certes les sympathies n’ont pas manqué en France, et particulièrement à Paris, autour du représentant d’une grande nation, durement frappée par la fortune, mais non abattue, qui vient, à l’heure de la lutte suprême, s’adresser au vainqueur et lui offrir l’occasion d’être à la fois habile et généreux, en ne poussant pas à bout sa victoire et la France. On peut regretter pourtant que, dans cet entretien, et plus tard dans sa circulaire de novembre 1870 au sujet du refus de l’armistice, M. Jules Favre ait fait la partie trop belle au chancelier de la Confédération du Nord, en semblant reconnaître que tous les torts d’agression étaient à la France, dans cette triste histoire. Peut-être était-ce trop accorder à l’arrogance de la Prusse, exaltée jusqu’à l’infatuation par d’invraisemblables succès contre notre malheureux pays, deux fois coupable à ses yeux, pour avoir semblé être l’agresseur et pour avoir été vaincu. — Peut-être aussi pourrait-on y voir une condescendance au langage de certaines passions plus politiques que patriotiques, pour lesquelles tout ce qui s’est passé jusqu’au h septembre n’est qu’un amas

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de crimes et d’inepties, sans distinction et sans nuance. Dans la réalité, les choses sont moins .simples, il faut bien qu’il y ait eu quelque apparence de raison à celte guerre pour qu’elle ait pu avoir une ombre de popularité, à Paris même où l’on ne gâtait pas le pouvoir. La vérité est que le sentiment public en France, depuis Sadowa, prévoyait une guerre inévitable, qui serait la consécration ou la ruine de l’œuvre de 1866. La Prusse, de son côté, ne demandait pas mieux que de nous fournir une occasion, et son insolence intarissable ne nous eût laissé que l’embarras des prétextes, si le premier avait manqué son effet. Il y aurait quelque légèreté à trancher si facilement l’histoire de cette effroyable guerre en deux parties, dont l’une toute composée d’injustices et de violences flniraitjuste au k septembre, dont l’autre formée par le concours du plus pur patriotisme et des plus sublimes vertus commencerait précisément à cette date marquée par les destins. — Faisons trêve, s’il est possible, aux sentiments amers que soulève en nous le nom môme des auteurs de nos désastres. Il n’y a plus à revenir sur l’incroyable esprit de vertige qui poussa l’empire à cette déclaration de guerre, quand rien n’était sérieusement prêt pour la soutenir, mais osons dire ce que savent bien des gens d’expérience politique et de haute raison : Oui, la déclaration de la guerre est venue de la France! Mais la préméditation de la guerre appartient à la Prusse. Le crime de l’empire c’est

d’avoir déclaré la guerre, non qu’elle fût injuste, mais parce qu’elle n’était pas préparée.

C’est tout le contraire pour la Prusse, qui préméditait cette guerre de longue main, mais avec la ferme résolution de se la faire déclarer par nous. . Je ne compare pas l’habileté des deu.x gouvernements, je compare leur moralité. — C’est ce que M. Jules Favre n’a jamais paru comprendre , à en juger par son attitude, par sou langage, par ses manières à l’égard de M. de Bismark. On eût souhaité, avec moins de déférence pour le vainqueur, un sentiment plus vrai de la réalité. Plus d’intelligence et moins de passion de parti n’auraient pas nui à la dignité de notre négociateur.

La fatalité de cette lutte, sa nécessité à un moment donné, qui peut en douter maintenant, qui peut se refuser à la voir, à la clarté sinistre des événements? Nul, d’ailleurs, n’en doutait sérieusement, même dans les rangs de l’opposition * si l’on en excepte quelques esprits chimériques, hantés par l’ombre du bon abbé de Saint-Pierre et par l’idée fixe de la paix perpétuelle. M. Jules Favre, tout le premier, dans son discours de rentrée, à l’inauguration de chaque session, ne revenait-il pas avec une insistance marquée sur le souvenir de Sadowa, sur la faute, incalculable dans ses conséquences, commise ce jour-là par un gouvernement qui n’avait pas pu arrêter à temps l’essor de la Prusse en lui tenant le seul langage diplomatique qu’elle entende, celui du droit armé

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de la force? Je ne veux pas faire à un politique de la force de M. Jules Favre l’injure de croire que ce souvenir invoqué par lui, comme un exemple fatal d’imprévoyance, n’eût alors d’autre utilité que celle d'être désagréable à M. lîoulier. Évidemment l’homme d’État de la future révolution donnait sous cette forme amère un conseil d’action au pouvoir, et s’il retournait ainsi le fer dans la plaie toujours saignante de l’empire, la plaie de Sadowa, c’était apparemment pour que la France avertie retirât un jour le fer de sa blessure et le retournât contre la poitrine d’un ennemi devenu menaçant. Et combien l’orateur avait raison dans ses récriminations prophétiques! Mais voyez se produire ici une singulière contradiction, qui fut celle de la gauche irréconciliable pendant les dernières années de l’empire, et comme le châtiment par l’inconséquence, de l’opposition systématique! — La gauche jetait tous les jours aux ministres, comme la plus cruelle injure, le nom de Sadowa, et en même temps elle fermait à la France toute chance de légitimes revanches en essayant de désorganiser son système militaire par des économies dangereuses.. Elle s’effrayait patriotiquement de l’agrandissement immodéré de la Prusse, — et systématiquement elle poussait au désarmement du pays. Le maréchal Niel, le seul ministre de la guerre qui ait eu quelque prévoyance et quelque souci de l’avenir, vit sa grande pensée, l’institution de la garde mobile, sortir do la discussion des

Chambres mutilée et inapplicable. N’est-ce pas un fait avéré qu’un des articles du programme tenu en réserve par les grands augures de la politique de l’avenir, c’était la suppression des armées permanentes? Ce simple fait donne la note de la sagacité d’un certain parti et de la justesse de ses vues sur l’état de l’Europe.

Il faut que chacun, dans cette terrible aventure, garde sa part de responsabilité, même l’opposition. Bien mieux avisé et plus éclairé dans son patriotisme se montrait M. Tbiers en refusant de s’associer au platonisme sentimental de ses collègues de la gauche. Le regard fixé sur tous les mouvements de la Prusse, il voulait que la France restât armée, encore qu’il se défiât de la main qui tenait l’épée de la Fi’ance. Dans ce discours du mois de juillet, qui fut un grand acte de courage et souleva contre lui les plus violents orages à la tribune et dans la rue, quand, au prix de sa popularité' il adressait les plus fortes adjurations à la majorité aveugle, même alors, est-ce qu’il désavouait ces autres discours où il dénonçait, ' d’une voix vraiment inspirée, l’éventualité pressante de cette guerre? Bien au contraire. Mais il nous montrait, avec une clairvoyance sans égale, l’heure et l’occasion mal choisies, l’Europe hostile à une guerre si légèrement déclarée, la France compromise par l’insuffisance des préparatifs, toute la fortune de notre cher pays jetée en proie à un formidable inconnu, en face de l’Allemagne

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tout entière debout et en armes. Il ne niait pas la nécessité ultérieure de cette grande lutte; il en déplorait l’inopportunité. 11 déplorait surtout que le signal eût l’air de venir de nous, quand nous ne faisions que tomber dans un piège grossier, tendu à notre fatuité militaire.

La préméditation de la Prusse! Est-il donc besoin de la démontrer aujourd’hui? Est-il besoin de rappeler cette série d’actes, tous reliés par la même idée fixe, depuis les traités d’alliance offensive ou défensive imposés aux États du Sud par M. de Bismark, jusqu’à ces commandements militaires des contingents Badois, Wurtembergeois, Bavarois, conférés à des généraux prussiens, jusqu’à ces dispositions d’une pensée stratégique qui se préoccupait si longtemps d’avance, soit d’assurer les communications allemandes, soit d’entraver les nôtres, dans le Luxembourg, à travers ja Belgique, au Saint-Golliard? Le calcul de la Prusse était simple, bien que profond; le résultat devait être infaillible. Victorieuse de la France sous le sceptre du roi Guillaume, l’unité de l’Allemagne était assurée. Vaincue, elle était garantie mieux encore par la nécessité de se défendre contre l’ennemi commun et par la certitude de périr si l’on s’isolait.

Sous l’empire de cette préoccupation où se concentraient tous les rêves de grandeur qu’il faisait pour son pays, M. de Bismark n’a pas cessé un jour, une heure, de préparer cette lutte formidable qui nous a pris au dépourvu et dans laquelle

nous avons succombé. Les témoignages de cette idée fixe surabondent. Ce n’est pas le lieu de les énumérer ici; mais peut-on oublier ces faits significatifs successivement révélés par le hasard ou par l'observation la plus superficielle de ce qui se passait en Allemagne, ces préparatifs de tout genre, ces réserves incessamment accrues d’artillerie, ces arsenaux regorgeant d’effets militaires, ces contingents innombrables de landwehr et de landsturm tout prêts à se lever au premier signal, disposés de manière à se réunir aussitôt des extrémités de l’Allemagne; si bien que l’on vit, lorsque l’heure fatale eut sonné, ce que l’on n’avait vu en aucun temps de l’histoire, un million d’excellents soldats, équipés et disciplinés, toute une nation sous les armes en huit jours!

Et. si l’on dit que c’était l’effet tout naturel des institutions qui régissent la Confédération, et qu’il n’y avait rien là qui indiquât une préméditation spéciale contre la France , nous rappellerons des faits plus particulièrement significatifs, cette préoccupation exclusive parmi leurs états-majors, cette étude obstinée d’une Campagne de France devenue l’objet presque unique des travaux et des thèses à l’Académie de guerre de Berlin, aux écoles militaires de Potsdam et d’Erfurt ; cet Art de combaiire les Français, attribué au prince Frédéric- Charles; tant de projets d'invasion, tant de plans pour le siège de Paris ! Tout cela prouvait autre chose assurément que des études spéculatives et

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en l’air, je' veux dire des intentions pratiques et positives d’occupation du sol français. Nous étions d’avance la matière de leurs méditations stratégiques et de leurs expériences les plus meurtrières. Nous étions envahis, bombardés, pris d’assaut sur le papier longtemps avant de l’être en réalité. Touchantes attentions des meilleurs voisins du monde, nos hôtes assidus et reconnaissants! Ajouterons-nous à cet amas de preuves les agents prussiens parcourant nos départements de la frontière et appliquant à l’invasion future leur art de précision; M. de Moltke levant les plans des fortifications de Metz, dans le hasard d’un voyage de touriste; M. de Schleinitz, enfin, un ministre de la maison du roi, déclarant dès 1868, à M™'' de Pourtalès, au milieu d’autres galanteries prussiennes, qu’avant dix-huit mois V Alsace serait à la Prusse?

Nos bons voisins ne nient rien de tout cela. Mais voici leur raisonnement suprême. "C’est le fond do la dialectique de ces victorieux : « L’Allemagne cherche dans la guerie ce qu’y eût cherché la France, avec cette différence que c’est la France qui a attaqué. Vous auriez pris les provinces rhénanes. Il n’est que juste que nous prenions l’Alsace et la Lorraine. L’enjeu est réciproque. » Ainsi 1e veut la Nemesis germanica.

Nous n’avons pas qualité pour répondre des intentions du gouvernement déchu et de ce qu’il aurait voulu faire, au cas où ses armes eussent été victorieuses. A peine si l’on peut aujourd’hui,

après des désastres pareils, admettre un instant cette hypothèse, qui ressemble à une cruelle ironie. — Mais enfin, derrière l’armée victorieuse, il y aurait eu une force d’opinion, une résultante du hon sens public qui aurait fini par prévaloir et marqué à l’esprit militaire sa juste mesure. Pour la grande masse de la nation civile, j’estime que le but politique de la guerre eût été atteint par ta sécurité retrouvée en Europe, par l’autonomie rendue à la Bavière, au Wurtemberg, à la Saxe, au Hanovre, par la restitution de la partie du Slesvig détenue au mépris du droit des gens, enfin par un système de garanties que la diplomatie sérieuse n’aurait pas eu de peine à établir contre l’arrogance de la Prusse, devenue un danger public en Europe.

Supposons même qu’en raison des sacrifices qu’aurait coûtés la victoire et des elTervescences nationales avec lesquelles on doit compter, il y eût lieu de chercher pour nous des compensations du côté du Rhin et que notre pays n’eût pas su résister à la plus dangereuse des ambitions, l’ambition territoriale. Dans ce cas même, voici deux points que je crois pouvoir établir sur la foi de la raison générale én France. — Jamais on n’eût toléré que la guerre fût poussée à outrance contre la Prusse, au point de lui ravir les éléments et les conditions de sa vie nationale. Jamais non plus on n’eût supporté que le sabre disposât des provinces conquises sans appel et sans

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recours au vœu des habitants. D’une manière ou d’une autre on aurait fini par consulter les populations, et ce vœu exprimé aurait eu dans la question une autorité décisive. — A cela, je le sais, la diplomatie prussienne a une réponse toute prête. Elle n’ignore pas, nous dit-elle, ce que valent tous les plébiscites, ceux des annexions comme les autres. — Soit. Je ne me dissimule pas les inconvénients de ce genre de consultation. Mais enfin, si c’est là une formalité dérisoire, dont le résultat est d’avance dans la main des victorieux, je ne m'explique pas quel singulier scrupule retient M. de Bismarck. Pourquoi donc é’ est-il constamment refusé, malgré des engagements précis, à soumettre le Slesvig à cette épreuve? Pourquoi ne pas consentir à consulter l’Alsace et la Lorraine, à leur demander si elles acceptent l’honneur de l’annexion que leur réserve la Prusse? Qu’on essaye donc, si on l’ose. Mais nous savons bien qu’on n’essayera pas.

Ce qui est menacé, ce qui périrait momentanément, si Dieu permettait que nous périssions dans cette lutte préparée, soutenue et poursuivie à outrance avec de tels artifices et des moyens si malfaisants, ce n’est pas seulement notre droit national, c’est le droit humain indignement violé en nous. Oui, nous pouvons succomber; mais notre défaite sera de celles qui en rappellent. Un grand peuple peut être surpris; nous l’avons été, soit; il nous reste la conscience de notre droit.

Malgré les apparences contraires, tout ne se réduit pas à une question de soldats plus ou moins nombreux, de canons à plus ou moins grande portée, ni même à une question d’habileté militaire ou diplomatique. Il y a des éléments moraux dont il faut bien tenir compte, même dans ces jeux sanglants de la force et du hasard. Non que j’aie la naïveté de croire qu’en ce monde la raison finisse toujours par avoir raison et que le dernier mot reste nécessairement au bon droit. L’histoire n’est pas, en apparence au moins, une logique inflexible, encore moins une morale immédiate et absolue. Mais je sais que la force matérielle d’un pays est doublée par celle que lui confère le sentiment plus ou moins clair, plus ou moins profond de son droit, pourvu que ce pays ne soit pas affaibli par d’autres causes, comme la Pologne, et que l’anarchie ne vienne pas dévorer ce qui lui reste d’énergie pour persister à vivre ou pour ressusciter. Il y a là un principe de résistance presque invincible pour un peuple, resté grand dans ses désastres momentanés, sans pai’ler des sympathies tardives que doit éveiller dans la conscience languissante de l’Europe le spectacle — ou la menace — de tant de perfidies et d’iniquités triomphantes. C’est un stimulant inépuisable à la lutle, ou, si elle devient impossible, à la préparation virile de l’avenir, que de s’être senti aux prises avec de détestables convoitises servies par une politique sans scrupules et à outrance.

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A côté (les ressorts matériels, il y a donc des ressorts délicats, d’un jeu puissant dans l’histoire, et dont l’immoralité cynique ou raffinée d’un homme d’État peut affecter de ne pas tenir compte, sans qu’on puisse jamais les négliger impunément. Or ces éléments moraux, l’honneur, la loyauté, le droit national , la justice humaine , de quel côté ont-ils été dans le cours de cette triste guerre, si l’on en excepte le signal follement donné de ce côté du Rhin, impatiemment attendu de l’autre côté? Pour qui combattent aujourd’hui ces forces immatérielles, notre meilleur espoir, dans cette effroyable mêlée où nos armées ont disparu comme dans un vertige? Pour qui combattront-elles un jour, quand l’infatuation suprême se sera emparée de nos ennemis victorieux et commencera leur châtiment?

MalheureuseAllemagne,mêmedanssontriomphe, si elle continue à suivre aveuglément dans ses voies M. de Bismark, son tentateur! Dès aujourd’hui on peut bien dire qu’à cette école elle a compromis pour jamais sa vieille réputation d’honneur, de justice, de loyauté, en s’associant à la poursuite du but abominable que la Prusse s’est marqué, ainsi qu’aux moyens par lesquels ce but a été atteint. Ce but et ces moyens résument la moralité de la guerre. C’est dans cet ordre de considérations qu’il me plaît d’établir mon plus haut, mon plus ferme espoir, ainsi que le principe de nos consolations patriotiques. Si la France devait

succomber, ce serait la force morale qui succomberait momentanément avec elle. 11 nous resterait cette triste joie que d’avance la Prusse a déshonoré sa victoire. Mais elle aura du même coup déshonoré une grande nation, l’Allemagne (et cela ne saurait être une joie pour nous), en lui imposant, avec le bénéfice équivoque d’une vassalité militaire, une complicité non équivoque dans ses attentats.

P. S. — Ces pages écrites d’instinct, dans Paris assiégé, devaient recevoir plus tard une éclatante confirmation des pressentiments qu’elles expriment. Nous avons sous les yeux une pièce considérable de ce grand procès historique, la brochure anglaise intitulée : n Qui est responsable de la guerre! » publiée sous lé pseudonyme de Scrutator, et attribuée à M. Gladstone ou à l’un de ses amis politiques. Il y a là des témoignages authentiques et sans ^réplique. L’esprit de ce travail se résume dans cette proposition : « Le trait décisif de la stratégie diplomatique du comte Bismark , est l’adresse avec laquelle il s’arrange généralement de manière à rejeter sur son adversaire la responsabilité du complot qu’il a lui-même ourdi... Il fallait amener la France à combattre dans tous les cas, mais il fallait aussi trouver les moyens de la mettre dans son tort. C’est ce qui fut fait. »

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