‹ Les Joyeusetes de la medecineChapitre 105 sur 127 · L'AMI MÉDECIN · texte numérisé non relu

L'AMI MÉDECIN

Une femme tomba malade,

Sans que l'on devin.it de quoi.

Le mari mande en grand émoi,

Un médecin de très haut grade.

Qui tate et retàte le pouU,

Qui met et remet ses lunettes,

Et n'aperçoit rien là-dessous

Après vingt visites longuettes.

— « Elle se meurti dit-il enfin;

( Cela se voit sans être fin.

« Vous pouvez appeler un prêtre.

« Mais ce qu'elle a, Dieu seul le sait,

cr Ou monsieur le diable peut-être. >

Le docteur prononce l'arrêt, ■*

Se fait payer et disparait,

De vie ou de mort ayant cure

Et laissant agir la nature;

Mais empochant : point principal I

C'était tirer le bien du mal.

Resté seul, l'époux se lamente.

Pleure, s'arr.iche les cheveux ; Il était vraiment amoureux, Et serait mort pour la mourante.

II se plaint de plus en plus fort, Autour du chevet il se lord, n se battrait avec le sort.

— « Mais qu'as-tu? gémit-il sans cesse « Tu me caches quelque secret.

« Dis-moi ce qui te guérirait;

« Envie ou désir qui me blesse,

« Je jure de le contenter,

<r Q.U est-ce qu'il te faudrait, mignonne

« Quoi que ce soit, je te le donne,

<i Afin de te ressusciter. »

— 0 Je meurs... de ma vertu, dit-elle, « Et, sur le point de trépasser,

0 Je veux au moins me confesser :

(t J'adore ton ami Chantrelle... »

Le mari se leva d'uu bond Et sortit, s'épongeant le front.

Et marmottant sans aucuu doute :

— « A ce prix-là, trop il en conte I « Vers l'éternité suis ta route. »

Je comprends que l'on soit humain Comme le bon Samaritain, Et que l'on aide le prochain De ses conseils, de ses richesses; Mais encourager les tendresses De sa femme pour le voisin !

Ce n'en est pas eucor la mode.

Peut-être bien, dans l'avenir.

Le progrès fera-t-il venir Cette conjugale méthode?

Pour le présent, nenni, ma foi !

L'on ne prend femme que pour soi :

C'est un commandemement du Code.

Or, la malade, une heure après.

En rouvraut sa morue prunelle.

Outre son mari, vit tout près.

Le croira-t-onî l'ami Chantrelle I

Le mari l'avait amené Pour raviver l'agonisante.

— 0 Mais, disait Chantrelle, clonné, « Je n'ai jamais médecine,

« Je suis une béte ignorante, B Je tuerais même les gens sains, « Et tu remettrais eu mes mains <t Ta femme déjà si râlante? «

— « Alil reprit-il, fort sérieux.

« Les vrais médecins sont des ànc-s.

<i La pauvrette ne veut plus d'eux Il Et t'a choisi pour aller mieux « Je l'abandonne à tes... tisanes. » ^

Auguste Saulièhe.

(^Histoires conjugales,') (i) «

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