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CONTE NORMAND

Un bon curé de Normandie SouflVait de je ne sais plus quelle maladie; Condamné par les médecins, Abandonné de tous ses saints, Il résolut, en désespoir de cause.

De confier la chose A certain jugutux d'eau qu'il entendit vanter

Par tout le monde Pour sa science profonde.

— « Tiens! dit-il à sa bonne, va porter Au célèbre jugeux, afin qu'il l'examine,

Ce flacon plein de mon urine.

Va vite, et ne sois pas longtemps. » Toinon, raconte la chronique, N'îivait que vingt-deux ans.

C'était un âge assez peu canonique.

Mais le bonhomme était si vieux Que l'on n'osait sur eux Aucune plaisanterie.

Voilà notre Toinon partie, Sa bouteille à la main, Quand soudain, Sur sa route, Simple hasard sans doute, Elle trouva le beau Colas.

Et la belle, aussitôt, tout bas, De lui conter l'affaire.

Ce qu'on rit du curé, vous voyez ça d'ici; Mais, tout à coup, dans leurs ébats, voici La bouteille qui tombe et l'urine par terre. Chez nos amoureux, grand émoi :

— C'est ta faute. — Mais non, c'est toi.

— Bah! dit Col.is d'un air scepiiquL-,

Le malheur n'est pas grand, et ma foi je me pique De bientôt tout réparer; Attends-moi là sans murmurer.

Il part, court et revient .avec une bouteille Toute pareille.

Puis il lui dit tout bas Quelques mots à l'oreille, Et Toinon riant aux éclats Disparut un instant derrière une futaie, — <i Parbleu I s'ccria-t-elle, émergeant de la haie. T'as de l'esprit comme un môssieu,

Mon urine vaut bien la sienne, Comme avant la bouteille est pleine, Et le vieux jugeux d'eau n'y -rerra que du feu ! »

Enfin la voilà chez notre empirique, Elle dit son affaire au lonj; Et donne son nacon Avec un air ironique.

I.c bonhomme longtemps, longtemps, flaira, pesa, Analysa L'urine sacro-sainte.

— « Eh bien, dit-il enfin.

Avec un sourire malin.

Eh bien, votre curé, m'am'selle, il est... enceinte! »

Léo Trézenick (Les Gouailleuses).

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