LE NEZ D'UN SACRISTAIN
Un monsieur voulant légitimer des liens irrcguliers, mais craignant un esclandre de la part de quelques-unes de ses anciennes pseudo-cpouses, résolut de se marier à l'église Saint-Scurin à l'heure de minuit.
Naturellement le souper précéda la cérémonie, et un des invités, en entrant dans le lieu saint, était tellement... complet, que tirant de sa poche un flacon de cognac, il voulut à toute force en faire goûter au sacristain. La gent goupillonneuse ne dédaigne pas les alcools, mais chaque chose a son temps, et le sacristain voulut expulser l'invité, qui du reste caractérisait très bien son état en s'écriant dans un élan de véracité incontestable : a Je suis soûl comme une béte. «
Un autre invité prit ouvertement le parti du premier, et entre ses dents le nez du sacristain, qu'il trancha d'un seul coup et recracha bientôt au loin... Toute la noce se mit à la recherche du nez, qui, lancé avec force, avait roulé sur les dalles et restait introuvable. Ce ne fut qu'une heure après qu'on le rencontra au pied d'une colonne, froid, raiatiné, couvert de poussière; néanmoins ie Maudillon, appelé en toute hâte, ne désespéra pas de rendre au sacristain l'appendice nasal si indignement maltraité. On le lava dans le bénitier et ou le recousit propre-
ment; quelques jours après, le succès était complet. Quant à l'agresseur, il fut condamné, par le tribunal correctionnel de Bordeaux, à 3,000 francs d'amende et à dix mois de prison.