‹ Les Juifs à Paris depuis le VIe siècle (volume 2)Chapitre 16 sur 40 · LES JUIFS A PARTS · texte numérisé non relu

LES JUIFS A PARTS

couleur », et en toutes occasions « armé de verges légales » il avait fait rentrer des fonds « pour solder le silence du Rabbin et la voix du hazan (1) ».

La loi du 8 février 1831, en supprimant les rôles de répartition destinés à pourvoir aux frais généraux du culle, avait bouleversé son état financier. Se trouvant dans l'impossibilité absolue d acquitter la dette du temple qui s’élevait à 119,000 fr., « dette d’honneur », il fît appel au concours volontaire de tous les contribuables. Mais « par le temps qui court, en matière de religion, il ne faut pas trop compter sur les inspirations du zèle quand il s’agit de payer (2) ». Il s’en aperçut bien quand, en 1838, poursuivi par ses créanciers, impuissant à payer sa dette, il demanda aux Israélites de Paris une avance volontaire. Toutes ses démarches restèrent infructeuses. Les uns refusèrent leur tribut, les autres y mirent de telles restrictions que leur engagement était presque un refus.

Allait-il de nouveau se voir obligé de sortir du droit commun et demander, comme on 1881, l’émission d'un rôle obligatoire, ou l’insertion d’une disposition spéciale dans la loi de finances ? Le ferme désir de ne point infliger aux Israélites de Paris une épreuve aussi « humiliante », et tout au moins aussi « peu honorable», put seul permettre au Consistoire d'éviter une pareille extrémité.

Il sollicita du ministre des cultes une subvention

(1) Archives du Consistoire de Paris, Lettre de M. O. Terquen, 16 novembre 1831.

(2) Ibid.

annuelle, et du préfet de la Seine une indemnité « à titre de loyer » pour couvrir le déficit de ses finances. Il faut lire la correspondance échangée alors avec le Consistoire central, le préfet et le ministre pour comprendre les angoisses du Consistoire de Paris. La Ville se prêtait volontiers à ses propositions, mais en échange de son concours, elle demandait que le temple et la maison attenante lui fussent cédés. La Communauté s’éleva tout entière contre cette exigence. Il lui semblait qu’en aliénant sa propriété, elle allait aliéner son culte. Le gouvernement et la ville consentirent enfin, sans condition, à contribuer pour la moitié à l’extinction de la dette (1842), et grâce à cette décision, les actions purent être toutes remboursées en 1845.

Le Consistoire avait à peine terminé ces longues et délicates négociations que des difficultés d’autre sorte surgirent. En 1842, des réparations « de plus en plus urgentes » sont reconnues nécessaires au temple (1); en 1846, le Consistoire en yeut profiter pour augmenter le nombre des places ; mais l’architecte (2) déclare qu’aucun changement n’y peut être fait « sans opérer la démolition complète de l’édifice »; en 1848, le danger est « imminent » ; il faut faire étayer certaines parties de la Synagogue; des poutres sont pourries ; les galeries s’effondrent par endroits; la reconstruction complète du temple est devenue d’une

(1) Le Consistoire avait alors pour architectes MM. Viel et Desjardins. M. Jacob Sylveira était inspecteur des bâtiments du temple.

(2) M. Thierry.

nécessité impérieuse, et le 29 octobre 1850, le préfet de police donne l’ordre de fermer le temple sans délai ! Un y demeure encore jusqu’au 25 novembre ; mais le « délabrement » est général, et l’on commence sans plus tarder la démolition.

Ce temple avait duré trente ans !

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