CHAPITRE XIII
Vacance du Grand Rabbinat de Paris. — Nouveaux projeta de fusion écartés. — Agitation dans la Communauté. — Six candidats eu poste vacant. — Rivalité de MM. Isidor et Charleviile. — Concours : questions écrites ; questions orales. — Rapport de la Commission consistoriale. — Elle est désavouée par la majorité des notables. — Formation d’une Commission en dehors du Consistoire. — La Communauté est divisée en deux camps. — Nomination de M. Isidor.
Révolution de 1848. — Adhésion du Cousistoire central. — Abolition du serment More Judaïco. — l es Israélites au gouvernement provisoire. — Crémieux, Goudchaux, Achille Fould.— Les Israélites à l’Assemblée constituante. — La mission de M. Isidor dans la Communauté de Paris.
Pendant ce temps, la Communauté avait été agitée par un événement d'une non moindre importance : l’élection du Grand Rabbin de Paris. M. Deutz, le dernier des trois Grands Rabbins du Consistoire central, était mort le 2 février 1842 et ce poste était resté vacant jusqu’en 1846, époque à laquelle M. Marchand Ennery fut appelé. On s’occupa alors de remplacer ce pasteur qui avait été placé en 1830 à la tête de la Communauté parisienne.
Dès 1842, le Consistoire, se souciant de cette double nomination, avait demandé que le Grand Rabbinat de Paris lût supprimé et exercé par le Grand Rabbin du Consistoire central, aidé de deux coadjuteurs. Le vieux projet de fusion faisait sa réapparition. A l’appui de cette proposition, le Consistoire faisait valoir que lors de l’organisation du culte Israélite en France, le législateur, en
composant le Consistoire central de trois Rabbins et de deux laïques, « avait voulu que la mission de régénération réservée à cette administration puisât sa force dans la direction que la majorité lui imprimerait (1) ». Mais la législation fut méconnue dans ce principe « vital » à la mort du Grand Rabbin Sintzheim auquel on ne jugea pas nécessaire de donner un successeur. Le Consistoire central n’eut plus que deux Rabbins et deux laïques jusqu’en 1823 où la base fut radicalement changée : de rabbinique la majorité devint laïque; mais il continua d’avoir deux Rabbins « appelés à sauvegarder la croyance juive des atteintes qui pourraient lui être portées ». En 1827, M. de Cologna quitte la France; un nouveau siège rabbinique devient vacant et n’est pas occupé : M. Deutz reste seul chargé du fardeau. C'est à l’influence insuffisante d’un seul Rabbin que le Consistoire attribuait le « relâchement » qui se manifestait. « La religion, disait-il, menace de n’être bientôt plus qu’une tradition ». Son projet devait prévenir une telle éventualité.
Pour atteindre ce but, on adjoindrait au Grand Rabbin du Consistoire central deux coadjuteurs qui, choisis parmi les élèves les plus distingués de l’Ecole centrale rabbinique, recevraient le titre de sous-Rabbins. Tous les trois formeraient un Conseil, dont l’autorité devait s’imposer à la France, et qui remplirait à Paris les fonctions inhérentes à la place de Grand Rabbin de cette
(1) Archives du Consistoire de Paris, Lettre au Consistoire central. 5 décembre 18i2.
circonscription. Cette combinaison était d’autant plus ingénieuse aux yeux du Consistoire qu’elle pouvait, en créant un centre d’émulation, « accélérer les progrès » de l’Ecole qui n’avait produit jusqu’alors que des capacités peu transcendantes. Mais le ministre ne se laissa pas convaincre par ces arguments et, jugeant nécessaire de laisser subsister les deux postes, il n’accueillit pas ce projet.
On commença dès lors à se préoccuper de la nomination du futur Grand Rabbin de Paris. Divers symptômes permettaient de prévoir que la lutte serait vive; elle fut acharnée. Jamais la Communauté n’avait donné le spectacle d’une aussi grande agitation; et cette agitation s’expliquait par l’importance censidérable donnée à l’Assemblée des notables qui, en vertu de l’ordonnance de 1844, nommaient seuls le Grand Rabbin, le Consistoire restant complètement en dehors de cette •élection.
Le choix de M. Charleville, Rabbin de Dijon, comme Rabbin intérimaire de Paris, fut un des signes précurseurs des passions mises en jeu. Sous le motif de pourvoir aux « besoins spirituels de sa circonscription », le Consistoire lui avait provisoirement confié ce poste; mais des réclamations très vives se firent entendre, jusque dans le temple où M. Marchand Ennery protesta « publiquement » contre cette mesure. Les partis prenaient déjà position. La lutte ne tarda pas à s’engager.
Six candidats se portèrent à ce poste ; ce furent : MM. Charleville, Rabbin de Dijon; Dreyfus, de
Mulhouse; Isidor, de Phalsbourg; Klein, de Durmenach; S. Lévy, de Niederhagenthal; et Libermann, de Lauterbourg. A la suite de la renonciation de MM. Lévy et Libermann, les Rabbins Charleville, Dreyfus, Isidor et Klein restèrent seuls en présence; mais, en réalité, la lutte fut circonscrite entre MM. Charleville et Isidor.
M. Isidor arrivait à Paris « à l’ombre de la protection (1) » d’Ad. Crémieux, et précédé du succès qu’avait obtenu un sermon prononcé à Paris en 1844. « Ses paroles avaient séduit bien des cœurs, charmé bien des oreilles (2) ». Le Consistoire de Nancy, en recommandant le Rabbin de Phalsbourg, le disait « animé des meilleures intentions, doué d’un esprit actif et d’un zèle qui a produit dans sa circonscription d’excellents résultats ». L’énergie avec laquelle il s’était opposé à Saverne, en 1839, à la prestation du serment More judaïco avait également appelé l’attention sur lui.
De son côté M. Charleville, qui en décembre 1842 avait été appelé au Rabbinat de Dijon, avait acquis pendant son intérimat une notoriété indiscutable à Paris où la majorité du Consistoire se montrait favorable à sa nomination.
Tous deux étaient également bien notés à l’Ecole de Metz dont ils avaient fait partie. La Commission administrative signalait M. Isidor comme un « élève zélé et laborieux », et vantait « l’intelligence » et la « facilité de conception » de M. Charleville.
(1) Archives du Consistoire de Paris. Lettre de M. Isidor.
(2) La Paix, revue religieuse, etc. : « La belle Rispa et ses quatre amants », p. 695. — Paris, 1846.
La convocation des notables pour la nomination du Grand Rabbin de Paris avait été fixée au 9 novembre 1847. Pour que l’élection fût entourée de toute la lumière nécessaire, le Consistoire avait nommé une Commission qui se chargea « d’éclairer par tous les moyens possibles la conscience de ses coreligionnaires et de les aider de son expérience et de son zèle sans porter atteinte à la liberté de leurs votes ».
Pour atteindre ce but, la Commission posa les questions suivantes que rédigea M. Ad. Franck, et que chacun des candidats eut à traiter par écrit:
1° Comment concilier l’amour de la patrie avec les croyances messianiques , et les devoirs civils avec les devoirs religieux?
2° Déterminer la position de la femme israélite d’après l’Ecriture sainte et les écrits rabbiniques.
3° Comment le Rabbin doit-il aujourdhui comprendre dans son ensemble et remplir la mission dont il est revêtu?
Cinq autres questions leur furent posées qu’ils traitèrent de vive voix :
1° En présence de l’indifférence en matière de religion qui existe chez les Israélites, quel serait le moyen le plus efficace de ramener la jeunesse dans nos temples et dans la pratique des devoirs religieux?
2° Jusqu’où pourrait s’étendre le pouvoir d’un synode? Pourrait-il en principe faire plus que chaque Rabbin ne peut faire individuellement?
3° Quels moyens devrait-on employer pour conserver ou plutôt pour développer des habitudes et des croyances religieuses dans cette classe de plus
en plus nombreuse d’Israélites qui fréquentent peu nos temples les samedis et jours de fêtes Faut-il l’abandonner à elle-même sans aucune culture morale ni religieuse?
4° L’abandon des pratiques religieuses qu’on remarque aujourd’hui dans une partie nombreuse de la population israélite est-il l’effet d’un changement dans les idées, c’est-à-dire d’une incrédulité systématique, ou d’un changement dans les conditions extérieures de la vie?
Quels sont, dans l’un et l’autre cas, les remèdes qu’il faut apporter au mal?
5° Tous les usages appelés Minhaguim sont-ils également obligatoires? Dans le cas contraire, comment distinguer ceux qui sont obligatoires de ceux qui ne le sont pas?
Plusieurs Rabbins se firent un devoir de répondre à ces questions qui n’intéressaient pas seulement la Communauté de Paris, mais le judaïsme français en proie tout entier à une crise qu’au prix des plus grands efforts on voulait conjurer. Cependant la Commission ne s’occupa que des travaux de MM. Klein, Isidor et Charleville. Elle rendit hommage à la « grande érudition » et à 1’ « admirable franchise » du premier ; mais son « orthodoxie » était « tellement absolue » que son application devait être impossible avec les devoirs qu’imposait aux Juifs leur « qualité de membres de la grande famille française ». Les « opinions extrêmes et absolues» de M. Isidor « en faveur des prescriptions talmudiques » ne furent pas mieux accueillies, bien qu’il prétendit accorder aux Rabbins l’entière latitude d’en atténuer la sévérité. M. Char-
leville, au contraire, fut placé au premier rang, comme ayant été « supérieur aux autres candidats par l’onction et l’intelligence de son style », « la pureté de son accent et la correction de son langage (1) ».
M. Charleville fut, à l’unanimité, le candidat de la Commission consistoriale. Le 26 octobre 1847, elle porta son rapport à la salle Saint-Jean où, sur une convocation du Consistoire aux notables israélites, plus de cinquante personnes se trouvaient réunies. MM. Marchand Ennery, Grand Rabbin, Ad. Franck, Anspacb, membres du Consistoire central, docteur Cahen, président, et Allegri, membre du Consistoire de Paris, Sciama et Dreyfus, notables, avaient pris place au bureau. Au moment où lecture allait être faite du rapport, des protestations s’élevèrent contre la constitution « sans caractère légal » de la Commission, contre la formation irrégulière du bureau, et contre la lecture du rapport.
M. Ad. Crémieux, ayant à sa suite le docteur Trêves, MM. Bolwiller, Hemerdinger, Michel Goudchaux, Henry Michel, etc., se mit à la tête de l’opposition, déclara « illégales » toutes les mesures prises par le Consistoire, l’accusa d’avoir « attenté à la liberté de l’élection comme aux droits des électeurs », et demanda finalement que la Commission fût « brisée ». Ils firent si bien qu’après une discussion mouvementée, orageuse,
(i) A Messieurs les notables Israélites de la circonscription de Paris. Rapport de la Commission consistoriale pour la préparation de l’élection du Grand Rabbin (4 novembre 1847. Imp. de Wittersheim).
où l’on considéra comme « un outrage à la Commission » les motions qui venaient d’être faites, le Consistoire se retira, suivi de plusieurs électeurs.
La plupart notables demeurèrent dans la salle que le docteur Cahen avait menacé, un instant auparavant de « faire évacuer », et acclamèrent immédiatement pour président Ad. Crémieux. Ils nommèrent sans désemparer une commission qui reçut pour mandat de n’élever avec les candidats aucune discussion théologique, de ne leur adresser aucune question qui touchât au dogme, à la foi, à la croyance religieuse (1); mais uniquement de demander à chacun d’eux, « par une question générale, comment il comprend les fonctions de Grand Rabbin, les droits et les devoirs que lui impose cet important sacerdoce, enfin dans quelle voie il se propose de conduire la population israélite dont il obtiendrait la direction religieuse (2) ». En prenant possession de la présidence, M. Crémieux avait déjà indiqué à grands traits les qualités que devait réunir le Grand Rabbin de Paris. « Ce qu’il faut lui demander, disait-il, c’est, à côté du savoir, que chacun des aspirants possède à un degré plus ou moins éminent, la réunion d’une grande pureté de mœurs et d’un patriotisme éclairé. Il faut que le Grand Rabbin soit un homme éclairé, un honnête homme, un bon citoyen. Il faut qu’il puisse inspirer et développer les sentiments
(1) Commission nommée le 26 octobre 1847 dans la réunion des notables électeurs. (Procès-verbaux, Paris, 1817.)
(2) Ibid.
de religion, de vertu, en même temps que l’amour de la patrie (1) ».
Munie de ces indications, cette commission se réunit le 28 et le 30 octobre, le 1er et le 4 novembre. Elle entendit MM. Klein et Isidor. M. Charleville refusa de comparaître devant elle. Il expliqua sa décision par une lettre en date du 30 octobre. Les passions étaient si vives, que cette commission se fît une arme contre lui d’un lapsus calami que l’homme le plus exercé pourrait commettre (2). Dans sa dernière réunion elle examina les titres des candidats.
Elle regretta « vivement » de ne pouvoir admettre la candidature de M. Klein, à la science duquel elle rendait hommage, mais « dont les idées conservaient en quelque sorte l’immobilité que les temps de persécutions avaient imposée auxlsraélites » ; « à l’unanimité », elle pensa que, « sous aucun rapport, M. Charleville ne devait être proposé : elle l’exclut à l unanimité », et proclama le nom de M. Isidor (3). Les notables étaient donc divisés en deux camps : l’un pour le Rabbin de Dijon, l’autre pour le Rabbin de Phalsbourg. L’élection allait dire auquel appartiendrait la victoire.
Cette élection eut lieu le 9 novembre. 225 électeurs étaient inscrits; 154 prirent part au vote.
(1) A Messieurs les notables de la circonscription de Paris. — Rapport de la Commission nommée dans la réunion des notables tenue à la salle Saint-Jean, le 26 octobre 1847. (Paris, 1847.)
(2) Il avait écrit pères pour pairs.
(3) Procès-verbaux de la Commission nommée le 26 octobre 1847 daris la réunion des Notables électeurs (Paris, 1847).
M. Isidor obtint 70 voix, et M. Charleville 59. Les candidats n’ayant pas réuni la majorité absolue, un second tour de scrutin eut lieu le lendemain 10 novembre. Sur 150 votants, M. Isidor recueillit 81 voix, et M. Charleville 68. M. Isidor fut proclamé Grand Rabbin de Paris.
La Communauté était à peine remise de cette agitation que la révolution éclata. Le Consistoire central s’empressa de faire acte d’adhésion, au nom des Consistoires de France, à la République proclamée en 1848.
Ce n’était pas par ingratitude que le Consistoire agissait ainsi. Les Israélites de Paris avaient, comme leurs coreligionnaires de France, une profonde sympathie pour le règne de Louis Philippe qui avait été à leur égard véritablement paternel et libéral. « Il y a de la reconnaissance dans leur dévouement », avait dit un jour Crémieux dans une de ses harangues au roi (1) ; et ces paroles étaient la juste expression des sentiments des Juifs pour ce gouvernement qui n’avait rien négligé pour assurer, conformément à la Charte, l’égalité de tous les Français devant la loi. L’abolition du serment More judaïco fut un des plus grands bienfaits, un des actes les plus méritoires de ce règne.
On sait l’humiliation profonde que ressentaient les Juifs d’être obligés de prêter devant les tribunaux un serment qui les maintenait en dehors de la civilisation. Dès 1816, les Grands Rabbins du
(1) Archives du Consistoire central. Procès-verbal du 12 avril
Consistoire central avaient publié une « déclaration dogmatique » attestant que le serment judiciaire prêté par un Israélite, dans quelque cas et en quelque lieu que ce soit, en prononçant ces paroles : « je jure », était pour lui un acte religieux ayant toute la force et la rigueur du serment, qui l’obligeait à dire la vérité, sans qu’aucune autre intervention, aucune autre formalité, ni cérémonie quelconque fût nécessaire. Malgré l'adhésion pleine et entière des Grands Rabbins de Paris, Metz, Nancy, Strasbourg, Bordeaux, Marseille; malgré l’attitude énergique de quelques Rabbins qui, isolément, s’opposaient à la prestation de ce serment, les magistrats continuaient à imposer cette « mômerie (1) » aux malheureux Juifs.
Il fallut qu’après les plaidoyers retentissants de Crémieux, un autre avocat célèbre, Martin, de Strasbourg, prenant en main la cause des Israélites, présentât à la Cour de Cassation un mémoire sur le serment More judaïco pour que cette situation anormale prît fin. La Cour en délibéra et prononça, au mois de mars 1846, un arrêt qui rendait une éclatante justice aux Juifs, à leur loyauté, et leur reconnaissait les mêmes droits au serment que tous les Français.
Un tel souvenir ne pouvait s’effacer du cœur des Israélites. Mais le gouvernement provisoire comptait deux Juifs parmi ses membres : Ad. Crémieux, comme ministre de la justice, et Michel Goudchaux, comme ministre des finances. Tous deux
(1) Archives israélites de France , année 1844, p. 448. Le mot est de GrémieuXè
foncièrement israélites, s’étaient occupés avec un dévouement plein d’ardeur des intérêts de la Communauté parisienne. N’y avait-il pas là de quoi provoquer un juste sentiment de fierté, de joie et d’orgueil chez ceux qui, un demi-siècle auparavant, étaient encore de véritables parias dans la société ? Et puis l’enthousiasme qui accueillit ce régime ne fut pas moindre qu’en 1789. Il semblait qu’une ère de félicité universelle allait se rouvrir. Tous fraternisaient. Le samedi 26 février, un cortège imposant, composé de dames palronnesses de crèches, salles d'asile, etc., s’était transporté à l’Hôtel de Ville. Dans ses rangs figurait une bannière où étaient inscrits ces mots : Union des cultes. Fraternité universelle. M. Marchand Ennery, Grand Rabbin du Consistoire central, marchait sous les plis de ce drapeau, ayant à ses côtés des prêtres catholiques et un pasteur protestant (1).
La Communauté de Paris n’était pas restée indifférente au mouvement républicain. Elle n’oubliait pas que c’était à la Révolution que les Juifs devaient leur émancipation.
Outre Crémieux et Michel Goudchaux, elle compta encore Achille Fould au gouvernement de la République. Il fut ministre des finances en 1849, sous la présidence de Louis Bonaparte.
Cinq Israélites faisaient partie de l’Assemblée constituante : Raynal, journaliste, était représentant de l’Aude; Michel Alcan, ingénieur, de l’Eure; Crémieux, avocat, de l’Indre-et-Loire; Michel
(1) Archives israélites dt France, année 1848, p. 188,
Goudchaux et Achille Fould étaient tous deux représentants de Paris.
Leur nombre augmentait dans la magistrature où figuraient MM. Anspach et Salmon, comme conseillers à la Cour d’appel ; Crémieux, Halphen, Jacob, Revel, Rodrigues, comme avocats; Fould, Goudchaux et Halphen, comme notaires.
Ils se faisaient également une place plus importante dans l’armée dont l’état-major comptait quelques Israélites; et à côté d’eux brillaient aux premiers rangs en qualité d’intenlants militaires, MM. Engelmann, Ed. Cerfberr, Dalpuget, Worms de Romilly et Wolfï. D’autres avaient des postes d’officiers dans la ligne, l’artillerie et le génie, etc...
Enfin dans la médecine, dans les arts, dans les lettres, ils étaient profondément estimés, et les noms d’Ad. Franck, Fromenthal Halévy, docteur Michel Lévy, brillent au premier rang dans la pléiade des hommes qui, à cette époque, honoraient la France et le Judaïsme par leurs talents, leur génie et leurs vertus civiques.
Les Israélites de Paris, en général, s’associèrent à l’élan de liberté qui se produisit, 3’enrôlèrent immédiatement dans la garde nationale, et y obtinrent les uns comme officiers, les autres comme porte -drapeaux, la considération de tous. Dans l’humble Maison de secours de la rue des Trois- Bornes (1), trop petite jusque-là pour contenir les malades de la Communauté, on mit tout en œuvre pour recevoir et soigner les blessés de la République ; et les Juifs de Paris donnèrent une fois de
(1) Voy. Léon Kahn, Comité de bienfaisance.
plus l’exemple des vertus patriotiques et humanitaires dont ils étaient animés.
Quand la tranquillité fut revenue, on s’occupa de l’installation de M. Isidor, dont la nomination avait été approuvée, le 3 mars 1848, par le gouvernement provisoire. La cérémonie fut fixée au 16 avril. Des invitations furent lancées et des mesures prises pour donner à cette solennité tout l’éclat possible. Mais la manifestation du 16 avril dite « des Bonnets à poils » vint l’empêcher, et elle n’eut jamais lieu.
M. Isidor arrivait à un moment où les Israélites de Paris, dont le nombre augmentait sans cesse, avaient besoin d’être placés sous la direction religieuse d’un Rabbin jeune, actif, dont l’esprit fût ouvert aux idées de progrès favorisées encore par la Révolution. La majorité importante qu’il avait obtenue lors de son élection lui assurait la sympathie de tous, et permettait de prévoir qu’il exercerait une influence sérieuse dans la Communauté. Les libéraux et les orthodoxes, qui lui avaient également donné leurs voix, comptaient également sur lui ; et sa bonhomie, son affabilité, sa rondeur étaient faites pour tranquilliser les uns sans décourager les autres.
La réouverture prochaine du temple, les perfectionnements à apporter au service religieux, les modifications à introduire dans la circoncision, la création de nouveaux temples, la communalisation des écoles consistoriales (1), la propagation de l’enseignement primaire, l’accroissement de la for-
(l) Voy. Léon Kahn, Histoire des Ecoles.
tune publique, la nécessité de créer de nouvelles œuvres charitables et d’étendre les anciennes pour faire face aux besoins d’une classe indigente qui s’accroissait sans cesse, tout était fait pour surexciter l'ardeur du nouveau Grand Rabbin de Paris et donner à la Communauté une impulsion prodigieuse. Jamais encore, en effet, elle n’avait offert, comme elle le fît sous le second empire, le spectacle d’un mouvement aussi considérable, d’une vie aussi intense.