Moreh, lU
LES ]UIFS D’ESPAGNE
faits bibliques et des données aggadiques, qui d’abord leur semblaient illogiques ou au moins insignifiants.
Quant aux générations postérieures, leMoreh eut pour elles les résultats les plus féconds. Le judaïsme, tel que le présentait Maimonide, n’était plus un phénomène moral du passé, un système étrange, réduit à des pratiques toutes mécaniques; il devenait une vérité toujours vivante, vivifiante et en harmonie avec la conscience.
Aussi les penseurs juifs des temps ultérieurs procèdent-ils tous de Maimonide; c’est chez lui qu’ils ont puisé leurs inspirations, parfois pour enchérir sur le maître, parfois aussi pour le combattre. C’est à Maimonide que remonte la véritable résurrection dujudaïsme. Quand, au XVIII* siècle, Mendelssohn rendit une nouvelle vigueur à la vieille religion presque éteinte, c’est le puissant esprit du Guide des Égarés qui animait le philosophe de Berlin.
Tel fut l’efiet produit par le Moreh, qu’ü fit
LKS Jüll'S D'ESPAOSE
oublier aussitôt et pour assez longtemps tous les travaux analogues, depuis Saadia jusqu’à Ibn-Daoud. Son influence s’étenditbien loin, en dehors même de la sphère Israélite, bien que l’auteur ne l’eût destiné qu’à ses coreligionnaires, et qu’il eût même prescrit d’écrire exclusivement en caractères hébreux son œuvre rédigée en langue arabe. Précaution inutile. Le livre fut bientôt répandu parmi les Arabes *; un Mahométan y ajouta même une préface en manière de commentaire, relatif aux preuves de l’existence de Dieu.
Albert le Grand et saint Thomas d’Aquin, les principaux créateurs de la scolastique chrétienne, apprirent dans Maimonide à résoudre les contradictions entre la foi et la métaphysique.
Le système de Maimonide rencontre cependant, il faut le dire, de sérieuses objections.
1. Lettre à Jose|>U lien Yeliouda, citée par Munk. Notice, p. 33. Feu M. Munk a trou?é dans un manuscrit du xiii* siècle, un exemplaire du Morth, en caractères arabes.
Imbu des idées de la philosophie contemporaine, il introduisit dans le judaïsme des éléments étrangers et môme incompatibles avec cette croyance; au lieu du Dieu de la révélation, dont la Providence descend sur chaque individu, il plaça dans l’infini un être métaphysique sublime, mais froid, indifférent au sort de ses créatures, ayant à peine une personnalité, une volonté. N’admettant pas la révélation dans le sens littéral du fait historique, il fut obligé de faire de Moïse une sorte de demidieu, et tomba dans une contradiction flagrante pour expliquer la communication du Décalogue sur le Sinaï *. On peut ajouter que son idéal de l’homme pieux s’élève à une telle hauteur, qu’il est réalisable seulement pour quelques esprits d’élite,et qu’ainsi, selon lui, il y aura peu d’âmes capables d’arriver à l’immortalité. Enfin, le désir de mettre en harmonie certains versets des Écritures avec les données de la philosophie, le força à