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dont trois sont devenus célèbres. Ce sont :
Yehouda ben Daoud Chayoudj, grammairien, Isaac Ibn-GikatUla, poète, et Bar Gafron (Epbraïm). Leur polémique en faveur du maître fut ardente et satirique ; les études et les recherches sur la langue devinrent aussi le thème régulier d’écrits piquants et incisifs. Les disciples de Dounasch, de leur côté, continuèrent la lutte, en prose et en vers, principalement Yehouda ben Scheschet. Les violences et les personnalités de cette polémique passionnée sont sans doute regrettables ; mais elle contribua puissamment à polir la langue, a la rendre riche, flexible et harmonieuse.
Ghasdaï Ibn-Schaprout ne se borna pas à encourager la poésie et la grammaire, il créa aussi en Espagne un véritable foyer pour les études talmudiques*.
La science juive en Europe avait encore be-
1. Voir sarlont ponr ce point Ibn-Abi-Oulbia, cité par Mnnk Abraham Ibn Daond. Sepber ba-lcabbala dans les Anhivti hraitites. iSiS, p. 326.)
soin d’encouragements. Ghasdaï protégea de toute son influence ce R. Moïse ben Gbanoch qui avait été conduit en esclavage à Gordoue, où son savoir talmudique s’était révélé d’une façon si inattendue. Le moment ne pouvait être plus favorable pour la création d’un enseignement talmudique : les califes d’Espagne voyaient avec plaisir leurs sujets juifs échapper à l’influence du califat de Bagdad; Arabes et Juifs, dans leurs sphères respectives, cherchaient à éclipser l’Orient.
L’école talmudique de Gordoue s’ouvrit avec éclat; R. Moïse fut reconnu comme autorité religieuse ; il statuait sur les questions dont la solution était autrefois réservée aux académies babyloniennes ; avec le simple titre de Dayan ou Rabbin, il exerçait toutes les prérogatives du gaonat. Il donnait l’ordination aux rabbins, et, paraît-il, par l’imposition des mains ; il avait le droit de prononcer l’interdit contre les membres récalcitrants des communautés, et jugeait en dernier ressort les procès
entre particuliers : prérogatives qui se traustmirent natui^llement aux rabbins d’Europe.
Gbasdaï encourageait vivement les études, et bientôt la jeunesse juive d’Afrique et d’Eapagne afflua à l’école de Gordoue, le Soura da l’Andalousie.
L’Espagne devint rapidement le centre du judaïsme; les Juife espagnols, après avoir attiré ainsi à eux le principal courant du mouvement Israélite, firent tout leur possible pour conserver cet avantage. La situation brûlante de la communauté de Cordoue contribuait d’ailleurs à en faire un véritable foyer inteUectuef. Mêlés aux autres habitants, les Jniffl de Gordoue partageaient leur vie luxueuse et adoptaient leurs façons chevaleresques et magnifiques.
R. Moïse mourut vers 965. Deux compétiteurs soutenus par deux partis se disputèreait sa succession : R. Ghanoch, fils du défunt et grand talmudiste ; et Joseph ben Isaac Ifan— Abitonr, élève de R. Moïse, né à. Cordoue,
littérateur arabe distingué, auteur d’une trshduction arabe de la Mischnah, faite pour le calife Hakem et aujourd’hui perdue. L’influence de Ghasdaï fit pencher la balance en faveur de R. Chanoch, et prévint une scission.
Ce célèbre homme d’État mourut vers 970, laissant aux Juifs et aux musulmans un souvenir également cher.
Après la mort de Ghasdaï, les disciples de Menahem et de Dounasch continuèrent les travaux et aussi la polémique des maîtres :
les deux plus remarquables furent Isaac Ibn- Gicatilla, poète, et Yehouda Ibn-Daoud, grammairien. Ce dernier, à qui les Arabes ont donné les noms d’Abou Zachariya Chayoudj, créa le premier vine base scientifique et solide pour les études de la langue hébraïque. Il, établit le premier que l’hébreu biblique se compose de familles de mots formés de racines de trois consonnes, et que maintes consonnes, (les liquides, les similaires, les aspirées), se fondent et se transforment en voyelles. U ex-
LES JÜIFS D’ESPAGNE
])liqua de cette façon la construction des familles dites faibles, et donna le moyen de distinguer les formes de la langue d’avec leurs modifications et de les rendre applicables à la poésie.
Il opéra donc une véritable révolution dans l’étude de l’hébreu et élucida le chaos que ses prédécesseurs, y compris Saadia, Menahem et Dounasch, n’avaient pu débrouiller. Il réunit ses principes grammaticaux en trois livres mais, comme il écrivait en arabe, ses travaux demeurèrent inconnus aux Juifs non espagnols, qui continuèrent à suivre les systèmes incomplets de Menahem et de Dounasch.
Quant aux poètes de cette époque, il ne reste de leurs œuvres que de rares fragments ®, qui ne permettent pas d’asseoir un jugement à leur égard. Les trois principaux sont : Isaac
1. Conf. Ewald et Dukes : Suppléments, livre in, et Hnak ; Notice snr Abonl-walid p. 94 i. Conf, Ifachal Kedoumim, Dukes, p. 9. 10.
Ibn-QicatiUa, Ben Saül et Ibn- Clialfon. Ils ont contribué à faire adopter dans la poésie hébraïque le rbythme prosodique, qui avait rencontré d’abord de vives résistances.
Les autres sciences, en dehors du Talmud et de la grammaire, étaient fort négligées alors par les Juifs d’Espagne, de même que la philosophie, pour laquelle leur esprit n’était pas encore suflSsamment mûr.
L’influence de Ghasdaï avait conservé à Cordoue l’harmonie que menaçait de troubler la rivalité de Chanoch et d’Ibn-Afcitour ; mais après la mort de ce grand homme, les dissensions éclatèrent
Les partisans du second, peu nombreux mais très-influents, cherchaient à lui faire obtenir le rabbinat de Cordoue. La majorité tenait pour R. Chanoch, le chef de la communauté, nommé grâce à Chasdaï. Les deux partis en appelèrent au calife Hakem, qui