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CHAPITRE IV

FIN OU OAOXAT ET PnEMIÈnE ÉPOQUE RADBANITE.

ibn-nagrela et IBN-GBBIROL.

La civilisation arabe en Espagne avait déjà dépassé son point culminant. La ruine du califat des Oméyades et sa division en petits émirats en précipita la chute, tandis que la civilisation juive en était à son aurore, brillante et pleine de promesses. Pendant que le caraïsme déclinait, se pétrifiant fatalement, le judaïsme rabbanite acquérait de nouvelles forces et de nouveaux développements. Tout le mouvement scientifique et religieux juif convergeait vers l’Andalousie;

cette province, après^la clmte du gaonat, était devenue le centre du judaïsme. Ce demisiècle produisit nombre d’bommes éminents dont un seul aurait suffi pour ülustrer une époque, tels que les princes Samuel et Joseph, le poète Ibn-Gebirol et le grand critique biblique Ibn-Djanach, sans compter les hommes moins considérables. N'oublions pas cependant que la Babylonie aussi vit alors deux hommes d’un grand mérite, R. Haï et Samuel Hofhi, qui furent comme les dernières et brillantes lueurs du gaonat expirant.

Cette première époque rabbanite, comme on l’appelle, a une importance classique; par les créations considérables qu’elle produisit dans tous les domaines de l’intelligence, elle éclipsa tout ce qui l’avait précédée.

La science grammaticale atteignit sa dernière perfection ; la poésie néo-hébraïque arriva à sa plus puissante expression ; le Talmud lui-même eut sa méthodologie, coordonnant les détails épars et isolés en un corps

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La philosophie, s’élevant anx plus hautes conceptions, éclaira le monde - d’une lumière nouvelle. Dans ce grand effort de l’esprit humain, les Juifs occupèrent incontestablement le premier rang, les mahométans le second; les chrétiens ne les suivaient que de très-loin. Tout ce qu’il y a de grand, de noble, de civilisateur dans la pensée humaine, fut alors mis en lumière. Les Juifs, môme les docteurs des écoles talmudiques en Babylonie, déployèrent une vigueur, une lucidité d’esprit que l’on chercherait en Tain chez leuré contemporains marquants du monde mahométan et chrétien.

L’Espagne juive recueillit tout Ehéritage de la Judée, de la Babylonie et du nord de l’Afrique, et flt fructifier largement ce trésor au grand avantage des générations suivantes. Les enfants fugitifs du prince juif de Cliazar, les derniers descendants de l’exilarque, venaient chercherun refuge dans l’Andalousie, comme si c’eût ôté un État juif.

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 la léte des oomtuuiiautés d’Espa^e se trouvait alors un homme aussi distingué par sa vertu que par sa sagesse : Samuel Ilm-Nagrela, le premier dans l’ordre des docteurs postgaoniques. Il éleva jusqu’à l’idéal le plus brillant le rabbanisme, qui ne pouvait avoir un représentant plus digne. Ce savant éminent réunissait en lui les qualités des trois grands hommes qui ont fondé la renommée de l’Espagne juive. Il était à la fois Ghasdaï, le grand seigneur magnanime, .protecteur de la^science, Moïse B. Chanoch, le profond talmudiste, et Dounasch B. Lâbrat, poète et grammairien.

La biographie de Samuel (Ismaël) Ibn-Nagdela (ou Nagrela), présente de curieux épisodes. Né à Gordoue en 993, il commença ses études talmudiques à l’école de R. Chanoch. Yehouda Chajoudj fut son maître d’hébreu. A l’agc de vingt ans^ Samuel fut obligé, comme beaucoup d’autres de ses coreligionnaires, de quitter Gordoue, par suite de la guerre civile qui déxustait l’Espagne, tombée dans une véritable

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anarchie depuis la mort du dernier des princes Amirides.

Les exilés se réfugièrent à Grenade, à Tolède et jusqu’à Saragosse; Samuel s’établit à Malaga, où il ouvrit une petite boutique, en même temps qu’il continua à s’occuper d’études talmudiques et linguistiques. Outre l’hébreu, l’arabe et le chaldéen, il savait le latin, le castillan et le berbère. 11 écrivait les caractères arabes avec 'une rare perfection , talent auquel les mahométans attachaient un très-haut prix.

Ce détail a son importance, car ce fut à l’art de la calligraphie autant qu’à la science des langues qu’lbn-Nagrela dut sa fortune. Or, depuis la dispersion, aucun Juif ne s’était élevé aussi haut.

L’ambition des émirs, les dissensions intérieures et la guerre civile avaient fini par morceler le grand empire hispano-mahométan en une masse de petits États, après la fin des derniers Oméyades. Les historiens arabes appeUenl

ces temps l’époque des déchirements. En 1020, une tribu de Berbères*, les Sinhadjah, fondèrent au sud de l’Espagne un royaume ayant pour capitale Grenade, alors habitée par une riche colonie juive. Malaga, aussi appartenait à ce nouvel État ; or, le palais du vizir Aboulkasim Ibn-Alarif à Malaga se trouvait à côté de la petite boutique de Samuel. Une esclave qui avait toute la confiance du vizir était chargée de lui faire certains rapports. Ayant eu l’occasion de voir la superbe écriture du petit marchand voisin, elle le choisit pour rédiger ses communications au vizir. Celui-ci fut frappé autant de l’exécution calligraphique que de la méthode et de la pureté de style de ces rapports ; il voulut en connaître l’auteur, le

L Ces ddtails soiU puisés dans Abraham Ibn-Dr.oiid, dans l’intéressante notice de Muiik sur Aboulwalid, p. 87, ainsi que dans quelques autres indiquées dans les notes.

Averiisscnuent de Yebouda Ibn-Tibbon à son fils, Eu. Berlin, page 4.

Les Juifs et les Arabes appelaient les Berbères des Philistins ; ils croyaient que les Philistins battus par David avaient émigré en Afrique. Conf. Abraham Jnn-Daoud et Ibn-Albakim citédans UlUlijire des Berbères, dcElanc, appendice I, p. 30».

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fit mander et le nomma son secrétaire intime (vers 1025). Il ne tarda pas à s’apercevoir que cet habile caUigraphe avait une grande intelligence des questions politiques; aussi le consultait-il sur les affaires d’État les plus graves. Les conseils de Samuel étaient sages et amenaient généralement les solutions désirées ; bientôt le ministre n’entreprit plus rien sans son assentiment.

Mais là ne devait pas s’arrêter la fortune de Samuel. Ibn-Alarif, en mourant, le recommanda à son souverain Habous, deuxième roi de Grenade. Celui-ci, comme Berbère, avait moins de préjugés contre les Juifs que les orgueilleux Arabes musulmans ; il n’hésita pas un instant à revêtir Samuel Ibn- Nagrela de la dignité de Katib* ou ministre d’État, et à lui confier la direction des affaires diplomatiques et militaires (1027).

i. Ibn-Ualiyan, contemporain île Samael, dit expressément que ce dernier portait le litre de Katib. I)ozy, Histoire de l'Af liçiieel de l’Espagne, intila'ée Al BajanoAfaÿhrib.pîrtbn-Adhiri, I, intruiiuclion, p. S4, 9ti.

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Samuel passa ainsi de sa petite boutique de mercier dans le palais du roi. Gomme les princes modernes les plus constitutionnels, un souverain mahométan régnait mais ne gouvernait pas ; c’était l’affaire de son principal ministre, responsable s’il en fut, car il y allait souvent de sa tête.

Le roi Habous put se féliciter de son choix, en voyant l’État prospérer sous la direction du ministre juif ; d’ailleurs Samuel sut plaire à ce prince et occuper son esprit versatile. Poète, il écrivit à sa louange un panégyrique en sept langues ' . Or, rien ne flattait plus un prince mahométan que d’être chanté en beaux vers ; que devait -ce être quand son propre vizir célébrait sa gloire en sept idiomes différents?

Souple et prudent autant que modéré et affable, le ministre sut éviter de froisser les susceptibilités nationales et religieuses du

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