I. Munk, Notice d(^jà citée, p. 98, i
chesse (Sepher ha-Oschor * ). Il composa aussi, sur la même matière, de nombreux écrits dirigés contre le système du grammairien Ibn- Djanach.
Ibn-Djanach fut un homme remarquable, une des gloires du judaïsme espagnol ; il mérite une mention toute particulière.
Jona Marinus, en arabe Aboulwalid Merwan Ibn-Djanach, naquit en l’an 995 ^ . Il fît scs études à Gordoue au moment où la littérature hébraïque prenait un brillant essor, grâce â l’impulsion donnée précédemment par Gbasdaï, déjà mort à cette époque. Ses maîtres furent, en grammaire hébraïque, le Menahémiste Isaac Ibn-Gikatilla ; en poétique, Isaac Ibn-Sahal. Il s’adonna aussi à la médecine, mais bientôt il se livra tout entier à
1- Le titre arabe est : Kilab al Islayhnaa, Munk, ibid. 167 . note 1. ~ Encyclopédie de Ersch et Gruber, II, L. 31, p. 56, note 86, 87. Samuel était ministre quand i! rédigea cet écrit, car il parle de la mort de R’ Haï, qui mourut aprè.s 1038.
î- Munk, dans sa Notice sur Jbn-Djanuch.
rétude de la langue sacrée; il atteignit un tel degré de savoir dans cette matière qu’il y est demeuré sans rival, et ses travaux sont restés des sources précieuses pour l’étude de la langue et des écritures saintes.
Ibn-Djanach, obligé, ainsi que plusieurs de ses compatriotes, de fuir Grenade par suite de la guerre civile (1011-1013), se réfugia à Saragosse. Là il se trouva transplanté dans un milieu tout ditférent. Là, les recherches grammaticales, les travaux de critique, de linguistique, étaient réputés dangereux pour le judaïsme, et contraires par leurs résultats à la tradition rabbinique. Ibn-Djanach, loin de se laisser intimider, continua ses investigations sur le mécanisme de la langue et le sens réel du texte biblique. En môme temps il exerçait la médecine et écrivait môme quelques traités sur l’art de guérir, mais le but principal de ses travaux persévérants était l’exégèse rationuelle de la Bible ; les études grammaticales n’étaient pour lui que le moyeu d’ar-
river au sens naturel des Écritures sacrées.
Les recherches infatigables d’Ibn-Djanach le conduisirent à des résultats que Ghayoudj n’avait pas soupçonnés. 11 développa vigoureusement son système grammatical, tout en rendant hommage aux talents de son maître ; mais il n’en souleva pas moins une forte opposition parmi les partisans de Ghayoudj. Une lutte très-vive s’engagea entre les deux opinions ; Samuel Ibn-Nagrela, disciple de Ghayoudj, se fit son champion. La discussion , d’abord toute scientifique, dégénéra bientôt en personnalités passionnées ; les écrits succédaient aux écrits, les satires répondaient aux satires.
Les deux principaux promoteurs de la civilisation juive, le prince libéral d’un côté, le grand hébraïsant de l’autre, devinrent des adversaires déclarés, et il ne paraît pas qu’ils se soient jamais réconciliés.
Cependant Ibn-Djanach sentait approcher la vieillesse. Il se hâta de déposer dans son œuvre capitale, la Critique (Al Tanchik) les
fruits précieux de ses recherches. Les principes qu’il y établit ne furent pas tous immédiatement compris et adoptés. Créateur de la syntaxe hébraïque, Ibn-Djanach avait fait faire un pas immense à l’étude de la langue ; il eut en outre le grand mérite de poser, dans le même ouvrage, des principes d’exégèse aussi profonds que lumineux. Sans modèle et presque sans émule, du moyen âge jusqu’au onzième siècle, cette œuvre témoigne non-seulement du savoir de l’auteur, mais aussi de sa haute valeur morale et religieuse. On y sent un souffle puissant et une abnégation personnelle peu ordinaire. Penseur profond mais froid, ennemi de toute exagération, Ibn-Djanach avait l’esprit rétif à toute inspiration poétique. Il formait ainsi un contraste frappant avec Ibn-Oebirol, troisième personnage de ce triumvirat qui présida si Ijrillamment au mouvement juif de cette mémorable époque.