‹ Les juifs d'Espagne, 945-1205Chapitre 21 sur 115 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

tPOQCE d’iDM-NAGMLA ET d’ I BM-OE ï I RO L

(Snite)

Ibn-Gebirol, sa vie, son caractère, ses chants et sa philosophie. Tekoatiel — Ibn-Hassan, homme d'État. — Bachya (Bechaya) et sa philosophie morale. — Yitzchaki Ibn-Yasous, critique biblique. — Joseph b. Chasdal le poêle . — Mort de Samuel Ibn- Nagrela. Son fils Joseph, son caractère, sa mort. — Abou-Fadbl ben Chasdaï, homme d'État et poëte. — Mort d'Ibn-Gebirol .

Salomon ben Yehouda Ibn-Gebirol (en arabe Abou Ayoub Suléimanibn-Yachia), né en 1021 , mort en 1070, fut une des figures les plus extraordinaires de son temps.

Doué d’une sensibilité exquise, d’un esprit pénétrant, il était à la fois poète et philosophe. Sa pensée ne s’attachait qu’aux sujets élevés, aux intérêts spirituels; chez lui rien de bas, rien de vulgaire; plus jeune que ses savants contemporains, il était aussi plus éloquent et plus persuasif.

Ui LFS JUIFS D’ESPAGNE

Les circonstances de la vie de cet homme remarquable sont peu connues. Son père Yehouda, qui habitait Gordoue, paraît avoir émigré, pir suite d’événements de g-uerre, à Malaga. C’est dans cette dernière ville que naquit Ibn-Gebirol ; c’est là que se développa ce génie à la fois poétique et philosophique, qu’on peut nommer le Plotin juif.

Ibn-Gebirol paraît, du moins d’après quelques-uns de ses vers, être resté, fort jeune encore, orphelin et sans aucun appui. Cet isolement jeta sur le caractère du poète une profonde teinte de mélancolie ; il ne connut ni les joies de l’enfance ni les espérances de la jeunesse. De là ce contraste étrange qui nous montre en lui à côté du jeune homme inspiré le vieillard sombre et désenchanté.

Délaissé par le monde, il se réfugia en luiméme ; il chercha des consolations dans sa pensée si élevée et dans son cœur plein de tendresse et d’enthousiasme. La foi et la poésie furent les deux anges gardiens qui

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éclairèrent sa voie et sauvèrent son âme du désespoir. Néanmoins la joie ne vint jamais dilater le cœur d’Ibn-Gebirol ; il resta toujours grave, et ses chants sont empreints de tristesse et d’austérité.

Ses premières poésies ont dû être des prières, qui exaltent l’âme au-dessus des misères terrestres pour la transporter dans les régions célestes.

Le génie éclate dans les œuvres de cet adolescent qui, à vingt ans, écrivait des vers où la perfection de la forme le dispute à la puissance des idées. On sent, en lisant ces remarquables pages, l’inspiration qui trouve à la fois et sans aucun effort l’image, le mot et la rime. Cette richesse d’imagination, cette abondance d’idées, est contenue par un tact parfait qui sait toujours s’arrêter à la juste limite et se garder de toute exagération. La vieille langue hébraïque sembla rajeunir sous le souffle ardent du jeune poète, et devint pour lui un instrument admirable. Sa plume sut lui don-

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lier une souplesse, uii poli, une élégance inoonnus; il élargit et enrichit la poésie hébraïque et la dota d’une harmonie nouvelle. Sa riche imagination alla jusqu’à personnifier la muse hébraïque ; elle s’offrit à son esprit délicat et ingénieux sous les traits d’une colombe aux ailes d’or et à la voix enchanteresse.

Ibn-Gebirol s’annonçait dès lors comme devant éclipser tous ses devanciers. 11 fut appelé à bon droit maître en poésie et en éloquence, et il devint bientôt l’objet de l’attention générale*.

Le jeune poète trouva un protecteur à la cour du roi Yachia Ibn-Mondhir de Saragosse.

C’était Yekoutiel Ibn-Hassan ou Alhassan *, qui avait chez son prince une situation analogue à

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